L'hameçon
       

       
         
         

Jessica Frederick

      À Sa Majesté l'Impératrice Élisabeth d'Autriche,

Chère Élisabeth,

Depuis la toute première fois où j'ai visionné la trilogie de votre vie, avec Romy Schneider qui vous personnifie, je suis devenue tout de suite l'une de vos plus grandes admiratrices. Cependant, il y a une question que je souhaiterais vous poser, si vous voulez bien y répondre bien sûr. Dans le premier film «Sissi», on peut y voir Romy Schneider qui accroche François-Joseph avec son hameçon pendant qu'elle pêchait.

Par la suite, celui-ci lui donne un rendez-vous dans la forêt pour chasser. J'aimerais savoir si vous avez vraiment rencontré votre mari la première fois de cette façon, ou si ce n'est qu'une invention pour rendre le film plus romantique.

Dans l'attente d'une réponse de votre part.

Sincèrement vôtre,

Jessica
         
         

Impératrice Sissi


 
Ma chère Jessica,

J’ai entendu parler bien souvent de ces films par d’autres correspondants de votre époque, et la description de cette première rencontre avec mon époux me semble des plus romantique…

Toutefois, je suis forcée de vous décevoir. J’ai rencontré mon époux de la façon la plus conventionnelle qui soit, lors d’un thé organisé par ma tante Sophie, le 16 août 1853, dans la villa impériale de Bad Ischl. En fait, il devait alors s’agir de la première rencontre entre ma sœur Hélène et l’empereur, mais j’ai vite fait de remarquer que Franz regardait toujours de mon côté tout en causant avec ma sœur, ma mère et ma tante. J’en étais tout embarrassée. J’ai ressenti pour la première fois la gêne d’une jeune fille sous le regard insistant d’un homme. Tout cela n’a pas échappé à ma tante Sophie, qui ne tenait pas à voir ses plans contrecarrés par une gamine de 15 ans.

Le lendemain, au déjeuner, j’ai été reléguée dans une autre pièce contiguë à la salle à manger avec ma gouvernante, mais l’empereur a demandé ma présence à la grande table, où il ne m’a pas quittée des yeux encore une fois, malgré les tentatives de ma pauvre Hélène d’entretenir la conversation avec lui. L’empereur a ensuite demandé à ma mère que je sois présente au grand bal qui devait avoir lieu le soir même pour son 23e anniversaire. Peu avant minuit, il m’a invitée à danser. J’étais très embarrassée, je n’avais encore jamais dansé qu’avec mon maître de danse, et il a dû me souffler les pas. La suite, vous la connaissez, il m’a offert tous les bouquets que, selon la tradition, il aurait dû distribuer aux dames présentes. Sur le coup, je n’ai pas compris que c’était une véritable déclaration, je me suis sentie plutôt gênée, surtout devant ma sœur Hélène. Il m’a fait sa demande par l’intermédiaire de ma mère le lendemain matin. «Si seulement il n’était pas empereur!» me suis-je exclamée en sanglotant. Plus de quarante ans après, c’est ce que je pense toujours. Que de choses auraient été différentes entre nous s’il n’avait pas été empereur…

Sincèrement,