Le vrai du faux
       

       
         
         

Claire

      Magnifique impératrice, soleil de mon enfance... ou plutôt, le film interprété par Romy Schneider a été le film qui m'a fait le plus rêver (qui me fait d'ailleurs encore rêver)... mais j'ai une question: étiez-vous aussi belle que votre interprète?

Une deuxième: avez-vous été heureuse et aussi amoureuse que le film le montre durant votre vie?

Existe-t-il un site d'une part racontant votre vie et un autre sur le film en lui-même?

Affectueusement.
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Je ne le répéterai jamais assez; comme il semble difficile de renoncer au conte de fées qui vous a été présenté! Comme il est difficile de renoncer au rêve! Les contes de fées sont dans les livres, ma chère enfant, uniquement dans les livres.

Ma vie n'a rien eu d'un conte de fées, même si les apparences ont été parfois trompeuses. Moi-même, à l'époque de mes fiançailles, je ne suis sentie enivrée un certain temps... mais l'ivresse a peu duré et la réalité m'a vite rattrapée. Oui, j'ai aimé Franz, je l'ai aimé comme on aime à quinze ans, avec toutes les illusions et le romantisme de cet âge. Mais les illusions se brisent vite, et lorsque le héros romantique perd de son lustre -par une défaite à la guerre, par des rumeurs d'infidélité par exemple- que reste-t-il de la flamme? Il ne me reste pour Franz qu'une grande tendresse, c'est la dernière personne sur Terre que je souhaiterais chagriner. Nous nous inquiétons l'un pour l'autre et notre correspondance suffirait à faire fonctionner un service postal... Mais nous nous supportons beaucoup mieux à distance, et nos différences apparaissent -et nous heurtent- dès que nous nous retrouvons.

J'étais très belle dans ma jeunesse, on disait que j'étais «la plus jolie tête couronnée d'Europe». Même le Shah de Perse a fait le voyage pour l'exposition universelle dans l'unique but de me rencontrer. «Qu'elle est belle! Mon Dieu qu'elle est belle!» s'est-il exclamé en français -car c'est la langue qu'il faut parler aux jolies femmes- en m'examinant des pieds à la tête. C'était à la fois très embarassant et très amusant. J'ignore si j'étais plus belle ou non que l'interprète de mon personnage, les critères de beauté pouvant varier beaucoup d'un siècle à l'autre. Aujourd'hui, à 60 ans, l'abus du grand air, les guerres, les deuils, la maladie ont fait de moi une vieille dame au visage rongé de rides, qui cache sa déchéance derrière un grand éventail de cuir ou une ombrelle. Devenir une de ces vieilles femmes poudrées et fardées, qui se couvrent de bijoux dans l'espoir de tricher avec le temps? Pouah! Jamais. Je vais désormais le visage caché, de telle façon que même mes proches ne voient que rarement mon visage. Je laisse au monde le souvenir d'une beauté radieuse, dont vous pourrez probablement retrouver l'image avec quelques recherches sur cet outil qu'est «Internet». Vous écrivant depuis l'année 1898, je ne puis vous guider davantage dans vos recherches, pour lesquelles je vous souhaite bonne chance.

Amicalement,

Elisabeth