Anastasia
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Les factures de François Joseph

    Chère Élisabeth,

SI je vous écris aujourd'hui, c'est pour vous demander si François - Joseph payait les factures de Katarina Schratt. Mon parrain qui habite Vienne m'a dit qu'un jour elle a fait des dépenses considérables au casino de Monte-Carlo, et que c'est l'empereur qui les a payées. Aussi, je crois savoir que votre mari est venu à Monaco, j'aimerais savoir si vous l'avez accompagné. Je vous remercie d'avance pour le temps que vous prendrez à répondre à notre courrier. MERCI!

Anastasia



Chère Anastasia,

Je n'ignore pas que Katharina aime bien fréquenter les casinos de Monaco, mais j'ignore si Franz a payé, ou paiera dans l'avenir, ses dettes de jeu. Cela ne m'étonnerait guère toutefois, car je puis vous affirmer qu'au moment où je vous écris, il est avec elle d'une très grande générosité. Franz a toujours été très bon et très généreux envers ceux qu'il aime, envers moi en particulier. Il trouve là une façon de manifester son amour, qu'en grand timide il ne sait guère exprimer autrement.

J'offre moi aussi de temps à autre des cadeaux à Katharina, et elle figure sur mon testament. Je l'aime beaucoup, bien que sa façon de me singer en toutes choses me fasse parfois sourire et m'a bien souvent inspiré des vers un peu ironiques. Elle qui aime la bonne chère et qui est plutôt rondelette — une femme comme Franz les aime! — voilà qu'elle tente de maigrir, elle serre son corset à en faire éclater les coutures et, au grand dam de Franz, commence elle aussi à suivre des cures qui l'entraînent au loin, et à se soigner sans trop écouter les médecins. Le docteur Widerhofer, qui essayait de la soigner récemment, a levé les bras au ciel en disant à François-Joseph: «C'est une seconde impératrice!». La formule n'a pas tellement plu à mon époux; il a déjà bien assez de soucis avec moi, et le rôle de l'Amie est justement de lui changer les idées. Mais elle se rend parfois compte qu'elle lasse un peu son impérial ami, et revient promptement à des manières plus naturelles, les manières typiquement viennoises qui ont conquis Franz.

Franz n'est encore jamais allé à Monaco. Plus tard peut-être, quand je ne serai plus là. Ces dernières années, les seuls endroits où il est venu me rejoindre quelques jours — à l'extérieur de l'Empire j'entends — sont Genève ou Menton, à l'hôtel du Cap-Martin. Nous y avons même rencontré l'ex-impératrice Eugénie, qui se fait appeler la comtesse de Pierrefonds. Nous avions l'intention de demander à l'Amie de nous y rejoindre, mais finalement, nous avons préféré nous en abstenir afin de la protéger, ainsi que son fils, des clabaudages. En Autriche, les gens ont fini par s'habituer à notre étrange triangle, les bons sujets sont même heureux de voir qu'une femme peut désormais faire sourire leur Empereur, ce que je sais plus faire. Mais à l'étranger, la pauvre risquait d'être victime de toutes sortes de commérages malveillants, et nous avons préféré l'accueillir à Ischl durant les vacances. J'espère de tout coeur que Franz pourra l'épouser après ma mort; s'il est une femme en ce monde qui puisse le rendre heureux, c'est bien elle, et je lui suis doublement reconnaissante d'avoir accepté de si bon gré de devenir mon permis de n'être pas là.

Amicalement,

Élisabeth