Jeanne
écrit à




L'Impératrice Sissi






Les endroits où vous avez vécu



J'aimerais savoir quels sont les différents lieux où vous avez vécu et pendant combien de temps

Jeanne

Chère Jeanne,
 
Mon lieu de résidence «officielle», le point d'attache vers lequel je reviens toujours, quoi qu'il m'en coûte, demeure Vienne, auprès de mon époux auquel je manque terriblement au cours de mes pérégrinations incessantes. Lorsque je suis en Autriche, je partage généralement mon temps entre le palais de la Hofburg (que j'ai surnommée la «Kerkerburg») le palais-cachot, Schönbrünn, la Villa Hermès que mon époux m'a fait construire à Lainz, espérant ainsi me retenir davantage en Autriche, Ischl et divers autres lieux de villégiature où je fais de fréquents et courts séjours.
 
Je peux également considérer Possenhofen comme résidence, bien que je n'y aille plus très souvent depuis la mort de ma chère maman. C'est mon frère Charles-Théodore, tenant actuel du titre de Duc en Bavière, qui y réside désormais. J'ai également loué assez souvent la résidence de mon frère Louis, à Garatschaussen et, autre endroit où je ne suis pas allée depuis 2 ans, l'Achilléion à Corfou a représenté pour moi ce qui, après Possenhofen, pouvait se rapprocher le plus d'un «foyer». Malheureusement, ce château a été pour moi comme un anneau de mariage, une chaîne que je me serais forgée moi-même. J'ai cru pouvoir faire de Corfou «mon» île, mon refuge, avant de finalement me rendre compte qu'on est soi-même une île. Si j'étais forcée de demeurer quelque part à jamais, un paradis même me deviendrait un enfer.
 
Quant à vous faire une nomenclature de tous les endroits où j'ai pu résider, en vacances, de passage ou pour les chasses à courre en Irlande ou en Angleterre, cela reviendrait à vous dresser une liste des principales villes d'Europe ou d'Afrique du Nord ce qui, vous en conviendrez, serait aussi fastidieux pour moi à écrire que pour vous à lire. Mon vol de mouette se poursuit encore aujourd'hui, qui sait où je me poserai demain. Je sais seulement que je marche vers un but effrayant qui m'est assigné par le destin, et il me tarde de le voir s'accomplir pour trouver enfin la paix.
 
Amicalement,
 
Élisabeth