Le prince Rodolphe et la famille Vetsera
       

       
         
         

Francine

      Bonjour Madame,

Après la mort tragique de votre fils avez-vous eu des contacts avec la famille Vetsera? Qu'est devenue l'épouse de Rodolphe?

Merci de votre temps.

Franceen
          
          

Impératrice Sissi


 
Chère Madame, 

Jamais je n'oublierai ma dernière rencontre avec la baronne Vetsera. Ignorant encore la mort de sa fille, elle s'est présentée à la Hofburg le jour même où j'ai appris la mort de mon fils. Elle avait appris que sa fille était partie avec Rodolphe et venait réclamer mon aide pour la retrouver. À ce moment-là, trompée bien involontairement par les dires du comte Hoyos qui arrivait de Mayerling avec la terrible nouvelle, je croyais avoir affaire à la mère d'une meurtrière. J'ai donc été très dure envers cette malheureuse femme, lui annonçant sans ménagement que sa fille était morte et lui signifiant durement que mon fils était mort lui aussi. J'ai su par la suite que sa fille avait été enterrée dans des circonstances terribles car, pour l'honneur de Rodolphe, il convenait de cacher sa présence dans le pavillon de Mayerling. Les Baltazzi, frères de la baronne, qui étaient jusqu'alors conviés assez régulièrement à Gödölö et qui avaient fait partie des mes compagnons de chasse en Angleterre sont évidemment devenus personae non grata à la Cour. 

En ce qui concerne ma belle-fille Stéphanie, bien que je ne l'ai jamais particulièrement aimée, je dois reconnaître qu'elle fut victime d'abominables commérages et calomnies suite à la mort de Rodolphe, dont on la rendait plus ou moins responsable. La pauvre s'est retirée à Miramar pendant quelques mois, puis est revenue à Vienne. L'empereur lui a permis de conserver les appartements qu'elle occupait à la Hofburg et à Laxenburg, et de résider dans quelque palais qu'il lui plairait en Autriche. Le roi et la reine de Belgique auraient bien aimé la ramener avec eux, mais Stéphanie et sa fille appartiennent désormais à l'Autriche. À moins qu'elle ne se remarie un jour, ce qui n'est pas exclus. On voit beaucoup un certain prince de Lonyay parmi ses familiers depuis quelque temps, me dit mon époux. J'ignore ce qu'il en adviendra. Je la vois très peu, elle voyage presque autant que moi, nous sommes donc rarement à Vienne en même temps.

Il fut difficile pour Stéphanie de s'adapter à sa nouvelle situation. Elle me servait de «remplaçante» dans les réceptions officielles depuis près de huit ans. N'étant plus princesse héritière, le rôle de Première Dame est désormais assumé par ma belle-soeur, l'archiduchesse Marie-Thérèse, mère du nouvel héritier François-Ferdinand. Veuve de l'héritier du trône, la Princesse Douairière Stéphanie (c'est son nouveau titre) avait préséance sur toutes les archiduchesses dans les réceptions officielles, du moins lorsque j'étais présente. En mon absence, comme elle ne pouvait plus me remplacer et qu'elle ne pouvait non plus passer derrière l'archiduchesse Marie-Thérèse, la pauvre en était réduite à demeurer chez elle... Et on me demande ensuite pourquoi je trouve la vie de Cour tellement artificielle! Mon époux lui a donné un nouveau statut l'an dernier, soit en 1897, et elle peut désormais assister aux bals de Cour et aux manifestations officielles même si l'archiduchesse Marie-Thérèse doit prendre préséance sur elle. 

Ma petite-fille Erzi est une belle enfant de presque quinze ans, un peu rêveuse, la préférée de mon époux. On dit qu'elle ressemble beaucoup à son père, sur tous les plans. Elle me demande parfois de l'emmener avec moi dans mes voyages. Je refuse à chaque fois car je sais très bien qu'un jour, je ne reviendrai pas...

Amicalement,

Élisabeth


 



 

Francine


 
Bonjour,

Merci beaucoup pour votre réponse. Comme vous avez dû souffrir. Croyez-moi j'en suis désolée. Je vous reviendrai plus tard. Merci d'être à l'écoute.

Franceen