Le Grand Jéhovah
       

       
         
         

Nathalie

      À Sa Majesté l'Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie,

Chère Sissi,

Si je vous écris encore si rapidement, c'est que votre façon de nommer Dieu «Le Grand Jéhovah» m'a toujours grandement intriguée: dans la religion judéo-chrétienne catholique qui est la nôtre, Dieu n'est-il pas appelé Yahvé et non Jéhovah, dénomination divine plutôt attribuée au Dieu des Témoins de Jéhovah... Mais peut-être connaissiez-vous les Témoins de Jéhovah qui en étaient à leurs premiers balbutiements religieux à votre époque? Merci à l'avance pour votre réponse qui sera sûrement étonnée...

Nathalie la Québécoise curieuse
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Nathalie,

On me pose souvent cette question… Je ne connais aucun regroupement se nommant les «Témoins de Jéhovah», ce groupe apparaîtra probablement quelques temps après ma mort. Pour l’instant, en ce qui concerne les noms de Dieu, je crois que tout est question de traduction de la Bible que l’on possède. Vous savez, je me suis beaucoup intéressée à la culture juive, ne serait-ce qu’à cause de mon Maître, Heinrich Heine. J’ai donc appris que l’alphabet hébreu, à l’origine, ne comprenait aucune voyelle. Le nom de Dieu était donc inscrit: YHV. Plus tard, les premiers traducteurs grecs ou latins ajoutèrent des voyelles, chacun selon son goût: YaHVé (un «a» et un «é») pour certains, ou YeHoVa, bientôt remplacé par Jéhova, le «J» se prononçant comme le «Y» dans plusieurs cultures. St-Jérôme a fait le reste…

Dans la Bible, Dieu est également appelé Adonaï, l’Éternel, le Dieu des armées… Les orages de ma vie ont fait en sorte que je vois surtout en Dieu le grand Créateur, mais aussi la Puissance à l’état pur, et j’adore désormais le Grand Jéhovah dans sa puissance créatrice et destructrice. Le Dieu vengeur de l’Ancien Testament davantage que celui du Sermon sur la montagne. Dieu est trop grand pour être saisi dans Son essence et pour ma part, j’y ai renoncé depuis longtemps. Nous ne sommes que des fourmis à Ses yeux, comment pourrait-il se soucier du moucheron que je suis? Je ne peux donc que l’adorer, le vénérer et mettre Son nom au-dessus de tout nom. D’ailleurs, chère Nathalie, si je devais continuer à croire selon les préceptes de l’Église – que je continue néanmoins à fréquenter car même si je ne crois pas à l’intervention du Tout-Puissant dans ma vie quotidienne, je crois au Jugement et en la Rédemption par le Christ – je devrais croire que mon fils est damné… Et cela, voyez-vous, c’est au-dessus de mes forces.

Amicalement,
Elisabeth
         
         

Nathalie

      À Sa Majesté l'Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie,

Chère Sissi,

Je suis bien contente de la réponse que vous m'avez faite concernant la dénomination JÉHOVAH que vous employez bien souvent. Moi aussi j'ai fait mes petites recherches personnelles là-dessus et effectivement, c'est bel et bien une question de traduction: l'ancienne traduction française du nom hébreu YAHVÉ, jadis employée par les exégètes pour nommer Dieu était bien JÉHOVAH, c'est pourquoi vous l'avez employée puisqu'elle était admise et non réfutée à votre époque. Aujourd'hui, nous savons que la vraie prononciation est YAHVÉ.

Pour ce qui est de la croyance en Dieu, vous dites qu'en se suicidant (même si vous répugnez à dire que c'est de cela et non d'un assassinat politique dont il est mort) Rodolphe a définitivement tué votre foi... Eh bien moi, même si, comme vous, je suis fondamentalement croyante en ce qui a trait au Jugement et au Salut de par Dieu, moi aussi je doute, car croyez-moi, s'il n'est pas évident pour vous d'accepter que votre fils ait attenté à sa propre vie, moi, il m'est difficile de comprendre pourquoi mon fils est né si limité dans ses capacités...

Une femme qui souffre comme vous,
Nathalie la Québécoise à son amie hongroise