Le bien et le mal
       

       
         
         

Nancy

      Chère Impératrice,

Il est dit qu'il n'y a qu'une mince différence entre le bien et le mal. Ces deux réalités quelque peu nuancées ne sont pas toujours facile pour nous à distinguer tel que nous le faisons avec le blanc et le noir. Qu'en pensez-vous? Comment faites-vous pour séparer ces deux réalités opposées en étant sûre que vous n'avez pas fait le mauvais choix?

Merci à l'avance!
Nancy
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Nancy,

Vous me rappelez de nombreuses et très intéressantes discussions que j'ai eues jadis avec Constantin Christomanos. Que d'heures avons-nous passées à philosopher ainsi dans les jardins de Lainz ou sur la terrasse de l'Achilléion!

Machiavel disait: «Si les hommes étaient bons, tu pourrais toi-même être bon et suivre en tout les préceptes de la justice. Mais comme ils sont mauvais, tu dois souvent toi-même être mauvais.» Ainsi le bien et le mal se côtoient sans cesse, et ce sont souvent les hommes au milieu desquels on vit qui font en sorte que l'on choisit le bon ou le mauvais. C'est pourquoi je fuis les hommes, rien de bon ne peut venir d'eux. Ma nièce Amélie dit souvent que l'on peut trouver le bonheur en recherchant le bien que l'on peut faire à son prochain. Mais les hommes sont à ce point rongés par le mal que je me suis détournée depuis longtemps du bien que je pourrais leur faire; la race humaine n'est plus pour moi d'un bien grand intérêt. Seule la nature ne vous froisse pas, ne vous blesse pas. Chaque beau paysage est un poème de Jéhovah, de qui ne peut provenir aucun mal bien que Sa colère puisse parfois être terrible comme la tempête.

La marge, comme vous l'indiquez, est fort mince entre le bien et le mal. Je crois que l'important est de vivre selon sa conscience. Je pourrais vous citer longuement Schopenhauer ou les philosophes grecs, mais la réflexion qui me vient à l'esprit est celle d'un grand homme politique que j'avais en très haute estime, Franz Deák. Peu avant sa mort, il disait: «Si l'on fait appel à la raison et qu'on ratiocine, on doit répondre par la négative. Quant à moi, je m'adresse à mon coeur, il me répond oui et je suis satisfait.» Deák tenait ces propos plus particulièrement concernant sa foi, mais le raisonnement peut s'appliquer en matière de choix entre le bien et le mal. Si mon coeur me répond oui, je suis satisfaite.

Amicalement,

Elisabeth