La vie d'impératrice
       

       
         
         

Mélanie

      Bonjour à ma chère impératrice,

Je voulais savoir si vous avez aimé la vie d'impératrice? Pourquoi vous avez trouvé une maîtresse (l'amie) à votre très cher époux? Est-ce qu'un jour vous avez été heureuse d'être impératrice d'Autriche? Comment est la vie avec Franz votre époux? Je suis une de vos plus grandes fans.

Mélanie qui vous embrasse
          
          

Impératrice Sissi


 
Très chère Mélanie,

Je vois que le klatch, les commérages de la Cour de Vienne ont su traverser même la barrière du temps. Trouver une maîtresse à mon époux! C’est évidemment ce que toute la Cour pense, et même ma fille Valérie considère cette amitié d’un œil navré. Mais c’est m’attribuer un cynisme que je ne possède pas… du moins pas à ce point! Katerina Schratt est une personne gaie, simple, qui a les deux pieds fermement plantés sur le sol. Son principal apport à la vie de mon époux est de lui raconter les potins du Burgtheater tout en lui servant un bon petit déjeuner! Un courtisan a même déjà eu l’audace de dire «Madame Schratt est une dame qui attache l’Empereur avec des saucisses!» Mon époux va même souvent jusqu’à joindre les lettres de l’Amie aux lettres qu’il m’adresse, c’est vous dire à quel point il n’a rien à me cacher! Qu’ils aient un sentiment l’un pour l’autre, c’est indéniable, mais je crois que les historiens et autres coureurs de ragots s’interrogeront longtemps sur la véritable nature de leur relation, et s’indigneront volontiers à ma place.

Ai-je déjà été heureuse d’être impératrice? Eh bien je dois avouer que, même si j’ai un mode de vie très simple (je dors dans un simple lit de fer, je mange peu et aucune de mes dames d’honneur ne voudrait de ma garde-robe!), j’ai tout de même des loisirs dispendieux, comme les voyages et, il y a plusieurs années, la chasse à courre. Pour cela je dois vraiment remercier le ciel d’être impératrice, sinon je ne sais pas comment je m’en serais sortie! Dans un autre ordre d’idées, l’année 1873 fut particulièrement active pour moi, avec l’Exposition Universelle de Vienne et le jubilé d’argent de l’Empereur. Cette année-là, j’ai rempli toutes mes obligations officielles de représentation avec un certain plaisir, la mort de ma belle-mère m’ayant finalement consacrée comme «seule» impératrice. Toutefois, un an à jouer ce rôle, ce fut suffisant pour moi. C’était trop tard, j’ai fini par me sentir oppressée, angoissée, surtout le 2 décembre lorsque je fus littéralement étouffée par une foule enthousiaste. Le lendemain, 3 décembre 1873, je pris à nouveau la fuite, et je ne me suis jamais arrêtée depuis.

La vie avec Franz est très simple. Il aime la chasse, les bons repas, le théâtre, il travaille à son bureau de cinq heures du matin jusqu’à cinq heures du soir. Pourvu que je m’en tienne avec lui à des sujets très terre-à-terre, la vie n’est pas désagréable, mais nous n’avons pas beaucoup d’intérêts en commun. C’est pourquoi le rôle de Mme Schratt auprès de lui est vraiment essentiel, et je me félicite au moins d’avoir eu la main heureuse dans le choix de ma «remplaçante.»

Amicalement, 

Élisabeth