Anastasia
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

La vie de Gisèle et de Marie Valérie

    Chère Sissi,

Cela fait bien longtemps que je lis sur toi. J'ai beaucoup lu sur ton fils Rodolphe, sur tes frères et soeurs, sur ton mari, mais je n'ai jamais rien trouvé sur la vie de Gisèle et Marie-Valérie, tes deux filles. J'aimerais que tu me racontes leurs vies. D’autant plus que j'ai pu voir que Marie-Valérie, avec neuf enfants était décédée bien jeune.

Merci d'avance.

Anastasia



Chère Anastasia,

Au moment où je vous écris (1898), ma fille Marie-Valérie est bien vivante et n'a encore que 4 enfants: Élisabeth, François-Salvator, Hubert-Salvator et la petite Hedwige. Vous me dites qu'elle en aura neuf! Miséricorde! Je savais qu'elle voulait une famille nombreuse, mais à ce point... J'aime bien François, son époux, mais je n'imaginais pas qu'il allait la transformer à ce point en pondeuse d'enfants!

Amoureuse, amoureuse, et donc sotte... Et elle aimera toujours plus que moi cette vaste marmaille, moi qui l'ai aimée plus que moi-même, moi pour qui elle était le trésor le plus précieux sur terre... Mais trêve de mélancolie. Personne ne lui a volé ses enfants, elle est libre de les aimer et de les avoir près d'elle, alors pourquoi la priver de ce bonheur que je n'ai pu connaître?

Vous me questionnez sur sa vie, et sur celle de Gisèle. Que vous dire, ma chère enfant? Mes filles mènent une vie tranquille, je dirais même casanière, à l'opposé total de la vie que je mène. Gisèle passe le plus clair de son temps à Munich, où elle exerce parfois quelques fonctions de représentation en tant que belle-fille du Prince Régent Luitpold. Je n'ai jamais pardonné à ce dernier le rôle dégoûtant qu'il a joué dans la mort du roi Louis II de Bavière, et je refuse absolument de le rencontrer à nouveau. Je m'arrange pour l'éviter chaque fois que je passe visiter Gisèle, ce qui n'est pas toujours commode. Elle est très heureuse avec ce brave Léopold, qu'elle a épousé très jeune, et elle est maintenant elle-même grand-mère à quelques reprises.

Marie Valérie partage son temps entre les châteaux de Tegernsee et de Wallsee, en plus de quelques séjours en Toscane où les Salvator (Habsbourgs de la branche Toscane) ont encore quelques possessions. Elle est très pieuse, et tente de faire le bien là où elle passe. On la surnomme déjà «l'ange de Wallsee», à cause de sa charité bien connue. Elle vient me voir de temps à autres l'été, à Ischl. Je crois, en fait, qu'elle mène la vie que j'aurais aimé vivre: une vie simple, sans toutes ces obligations de représentation, une vraie vie de famille avec un époux aimant — et surtout PRÉSENT — et des enfants que personne ne vient lui arracher et qu'elle peut élever à sa guise. L'essentiel, pour moi, c'est qu'elle soit heureuse.

Amicalement,

Élisabeth