Lavez-vous seule vos cheveux?
       

       
         
         

Justine

      Votre altesse,

Je m'appelle Justine. Je lis plein de livres sur vous! Je vous adore! Comme vous, j'aime les chevaux, la nature, et les chiens. Moi aussi j'ai de longs cheveux, mais pas aussi longs que vous. Je voulais vous demander: est-ce que vous lavez seule vos cheveux? Et pour dormir, quelle coiffure adoptez-vous?

Votre bonne Justine
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Justine,

En effet, comme vous semblez vous en douter, il m'est tout à fait impossible de me laver les cheveux seule. C'est une tâche longue et fastidieuse, qui me prend une journée entière! J'essaie donc de m'en dispenser le plus longtemps possible, et je m'y astreins une fois toutes les trois semaines.

C'est ma coiffeuse Fanny qui détient le secret de la préparation avec laquelle elle les lave. Elle utilise un mélange d'oeufs, de cognac et d'autres ingrédients qu'elle refuse de divulguer. Même Katherina Schratt, malgré son titre «d'Amie des souverains», n'a pas réussi à lui en arracher le secret! Une fois lavés, mes cheveux sont suspendus, comme de vulgaires vêtements sur une corde à linge, à l'aide de rubans! Assise devant cette corde, je passe le reste de la journée à me faire faire la lecture en attendant que mes cheveux sèchent. Pour moi qui déteste rester immobile, vous vous imaginez le supplice! Voilà pourquoi j'essaie de m'en dispenser le plus possible. Le reste du temps, un brossage et un démêlage pendant au moins une heure suffit (il en fallait trois lorsque j'étais plus jeune et que mes cheveux descendaient jusqu'aux talons!)

Pour dormir, presque toutes les femmes de mon temps font la même chose: une longue natte tressée bien serrée, ce qui les empêche de s'emmêler durant la nuit. Le lendemain, on défait la natte, on repeigne, on lisse et on natte de nouveau pour monter la coiffure en forme de couronne. Une véritable cérémonie! C'est d'ailleurs ainsi que Constantin Christomanos, mon ancien lecteur grec, décrivait la scène: un «service sacré», qui me prend énormément de mon temps mais dont je ne saurais plus me passer. Je suis l'esclave de mes cheveux.

Amicalement.

Élisabeth