Sophie
écrit à




L'Impératrice Sissi






La sélection du mariage



Chère impératrice Sissi,

Je me suis beaucoup intéressée à l'histoire de votre vie. Elle est fabuleuse et dramatique. J'adore votre intelligence, votre culture et votre honnêteté. Il m'arrive souvent de souhaiter vous ressembler, bien que ce soit difficile. Votre histoire m'a beaucoup influencée et encouragée. J'ai appris que vous n'étiez pas heureuse car votre mariage avec François-Joseph, l'empereur d'Autriche, vous a paru étouffant. Auriez-vous fait ce mariage si vous en aviez connu la fin à l'avance? Est-ce que vous avez des regrets dans la vie? Je serais curieuse de savoir ce qui vous pousse à travailler dur la littérature, les langues et l'équitation.

Je vous remercie d'avance de bien vouloir me répondre et vous souhaite de vivre heureuse dans votre jardin.

Bien cordialement,

Sophie


Chère Sophie,


Étant née duchesse «en» Bavière avec le titre d'Altesse Royale, il ne m'aurait jamais été permis de choisir moi-même mon époux, pas plus que mes sœurs n'ont pu elles-mêmes choisir leur mari. Tout au plus aurais-je eu de la chance si, comme mes sœurs Hélène ou Sophie, je serais moi-même tombée amoureuse de mon prétendant! Ce que je croyais pourtant advenu lors de mon mariage avec François-Joseph! Mais j'ai compris bien vite que, dans mon cas, ce que j'avais éprouvé pour lui était bien davantage un béguin de jeune fille qu'un grand amour comparable à celui qu'il a toujours éprouvé pour moi. Là-dessus, j'ai eu de la chance. Si ce mariage avait été totalement «arrangé», si François-Joseph ne m'avait épousée que pour plaire à sa mère et si j'en avais fait de même, j'aurais été encore plus malheureuse, je n'en doute pas. Je crois que nos problèmes de couple sont venus justement du fait que nous nous aimions lors de notre mariage, mais que les désillusions et les déceptions ont rapidement tout détruit dans mon cœur alors que lui était préparé à vivre un mariage «à temps partiel», une vie dans laquelle notre intimité n'existerait pas vraiment. C'est pour cela que son amour à lui a pu résister, mais non le mien!

L'équitation n'a jamais été pour moi un simple passe-temps. Pendant une vingtaine d'années, ç'a même été la grande affaire de ma vie, tout comme les grands athlètes qui s'entraînent pour une compétition. C'est une passion qu'on ne peut vraiment expliquer, une véritable addiction! J'ai toujours eu besoin de mouvement, et lorsque je me suis désintéressée de l'équitation -presque du jour au lendemain, allez y comprendre quelque chose- je l'ai remplacée par l'escrime, la gymnastique, et enfin par de très longues promenades. Seule, la sciatique réussit à me ralentir de temps à autre, sinon il m'arrive de marcher près de huit heures sans m'arrêter. Mes pauvres dames d'honneur en sont réduites à me suivre par chaise à porteurs! Présentement, une dame Hongroise plus jeune, Irma Sztaray, m'accompagne dans mes excursions et semble bien supporter mon rythme. Il faut dire qu'on m'a accusée d'avoir presque tué ma dame d'honneur, Marie Festetics, alors j'essaie de ménager un peu Irma.

Pour les langues, il faut savoir que dans l'aristocratie européenne il est de bon ton de savoir parler au moins le français. C'est un peu la «langue internationale», la langue de la diplomatie européenne. J'ai appris le hongrois par amour pour ce peuple, qui m'a réservé un accueil que jamais ne m'a fait la noblesse autrichienne. Dans le milieu de la cour, on me considérait même comme un peu sotte, et vu mes piètres performances en tchèque et en italien, on m'estimait carrément incapable d'apprendre le hongrois, une langue difficile à la grammaire improbable. On sous-estimait grandement et mon intelligence et ma détermination! Quant au grec, c'est ma passion pour «L'Iliade» et «L'Odyssée» qui m'a fait aborder la langue classique, mais j'ai bien vite voulu parler comme parlent les gens et non comme parlent les livres. Je me suis donc mise au grec moderne. Aujourd'hui, lorsque je vais à Corfou  -même si je n'y suis pas allée depuis environ deux ans- je peux aborder tout un chacun dans sa langue. Quand les Grecs parlent leur langue, c'est comme de la musique.

Amicalement,

Élisabeth