La princesse anarchiste
       

       
         
         

Julien Lacroix

      Majesté,

On vous surnommait, je crois, «la princesse anarchiste», le saviez-vous ou cela demeurait inconnu de vous, chuchoté seulement dans les coulisses de la cour?

Si oui et si cela n'évoque pas pour vous de mauvais souvenirs, j'aimerais que vous m'en parliez.

Julien Lacroix
         
         

Impératrice Sissi

      La princesse anarchiste...

Anarchiste est un bien grand mot. Je n'étais pas «faite» pour la vie à la cour. Encore bien moins pour être impératrice d'un si vaste royaume.

Je voulais être libre, voyager, m'évader. Mais le destin m'a joué un affreux tour. Dès les premières semaines de mon mariage j'ai senti que la cour de Vienne m'était hostile. Ma belle-mère avait sans doute raison: Hélène aurait fait une meilleure candidate que moi!

Petit à petit j'ai rejeté les règles de la cour impériale. Je me suis liée d'amitié avec les Hongrois. D'anciens rebelles!!! Vous imaginez le scandale. À Vienne on me méprisait de plus en plus. J'ai tenté de vivre selon mes voeux et mes désirs plutôt que de suivre le protocole et c'est cela qui a tant choqué.

Alors si anarchiste veut dire à la recherche de sa liberté; hé bien oui je suis une anarchiste.

Pour terminer une question: n'est-il pas ironique que ce Lucheni qui m'aurait enlevé la vie se disait «anarchiste»?

Je vous laisse quelques vers... au plaisir

Je voudrais que les gens me laissent
En paix et enfin tranquille,
Car je ne suis en vérité
Qu'un être humain semblable à eux

Sissi
         
         

Julien Lacroix

      Majesté,

Merci pour la sincérité de votre réponse. Je ne connais malheureusement pas beaucoup votre histoire, votre destin et je vais un peu au hasard dans mes questions à votre endroit.

Pardonnez-moi, mais cette liberté, malgré toutes les contraintes auxquelles vous avez été soumise au cours de votre vie, y avez-vous quand même goûtée?

Julien Lacroix
         
         

Impératrice Sissi

      Bonjour ma chère âme....

J'espère que vous me pardonnez mon retard.... j'étais une fois de plus en voyage.

Je ne crois pas que j'ai profité de la vie comme elle le mérite. Une des joies dans la vie est sans aucun doute, pour une femme, de voir ses enfants heureux. Mes 3 premiers enfants me furent enlevés. On me jugea trop jeune pour les élever correctement. J'ai dû me battre pour avoir le droit de les voir!!! Ce fut une grande déception...

Je crois que ce qui m'a apporté le plus de joie fut sans doute les voyages. J'ai pris goût très tôt à cette évasion. On m'a souvent reproché de fuire mes responsabilités grâce à mes voyages. Pourtant ils représentent la plus belle partie de ma vie (terrestre). De plus il faut bien vous avouer que je suis d'une nature mélancolique ce qui m'empêche de voir la vie en rose....

Je vous laisse ce petit poème composé en 1886.

Dans ma grande solitude,
Je compose de petites chansons;
Mon coeur empli d'amertume et de tristesse,
Pèse lourd sur mon esprit.

Naguère j'étais si jeune et si riche
De joie de vivre et d'espoirs:
Je me croyais la plus forte
Et le monde entier s'offrait encore à moi
J'ai aimé, j'ai vécu
J'ai parcouru l'univers
Mais jamais je n'ai atteint ce que je désirais
J'ai trompé comme je fus trompée

Au plaisir......Sissi