La nouvelle génération
       

       
         
         

Zeina

      Bonjour,

Je ne sais pas si ce message vous parviendra mais je souhaite vous dire que je suis facinée par votre personnalité, votre caractère libéral et surtout votre modestie.

Je suis très heureuse de pouvoir vous écrire, de savoir de vos nouvelles. Est-ce que vous arrivez à vous adapter dans ce nouveau siècle? Qu'est-ce que vous reprochez à la nouvelle génération? Comment passez-vous votre temps? Est-ce que vous vivez toujours en Autriche ou vous avez choisi un nouveau pays? Est-ce que vous connaissez le Liban, mon cher pays? C'est au Moyen-Orient.

J'ai hâte d'avoir votre réponse.

Je vous embrasse très très fort.

Zeina
          
         

Impératrice Sissi


 
Ma chère Zeina,

Mille excuses pour ce très long retard. Biarritz, la Côte d'Azur, le Cap Martin, Terriret, et me voici enfin de retour à Lainz, dans ma chère Villa Hermès. Je peux enfin prendre connaissance de tout ce volumineux courrier qui s'est accumulé et qu'on n'a pu évidemment me faire suivre, puisque je ne sais jamais très bien à l'avance où mon voyage m'entraînera, ni la date de mon retour...

Je vous remercie pour vos gentilles paroles. Votre compliment sur ma modestie m'a tiré un sourire, car je me rappelle qu'on m'a souvent reproché d'être hautaine et vaniteuse. Comme je m'en doutais, seules les âmes du futur ont su percer ma véritable personnalité. Je ne peux cependant répondre précisément à vos questions. C'est qu'il vous faut comprendre que je vous écris par-delà la barrière du temps, depuis l'année 1898. Je n'ai donc pas eu à m'adapter à votre siècle, ou à observer les nouvelles générations. Ce que je fais pour passer le temps? Je voyage, je prends des leçons de grec et je fais de longues promenades («de la course à pied» dirait mon époux, bien que mon pas se soit singulièrement ralenti depuis un an). J'ai longtemps pris des leçons d'escrime, mais ma sciatique me tourmente et l'âge me rattrape. Mon pays? Mon «port d'attache» demeure l'Autriche ou, bien souvent, la Hongrie, mais ce ne sont plus que des endroits d'où je prépare mon prochain voyage. Je ne reste guère plus de trois mois quelque part.

Je ne connais malheureusement pas votre pays, le Liban. Vous me dites que c'est au «Moyen» Orient? Voilà un terme nouveau pour moi. En regroupant certaines informations que j'ai obtenues auprès des gens de votre époque, j'ai pu en conclure qu'au moment où je vous parle (1898, ne l'oubliez pas!), ce pays ce nomme «Mont-Liban» et est une région autonome de l'Empire Ottoman. Comme cet empire n'a jamais été en très bons termes avec l'Empire d'Autriche, ce n'est malheureusement pas un endroit que je peux visiter, même incognito. C'est grand dommage.

Amicalement,

Élisabeth