Marie-Christine
écrit à




L'Impératrice Sissi






La cour de Vienne



Bonsoir votre Majesté,

Vous êtes arrivée très jeune à Vienne pour épouser l'empereur. Quelle atmosphère régnait dans cette grande capitale de l'Empire? Quel accueil avez vous reçu de la part de votre belle-famille? François-Joseph vous a-t-il aidée dans l'accomplissement de votre tâche?

Bien à vous,

Marie-Christine


Chère âme du futur,

Ce n'est pas pour rien que les parquets de la cour de Vienne étaient réputés fort glissants! En fait, j'ai été très mal accueillie par la noblesse viennoise. Je n'avais pas les quartiers de noblesse requis, je dansais mal, j'étais timide, je ne connaissais pas «l'art de la conversation» (consistant essentiellement à médire sur tout un chacun)... Bref, je ne cadrais pas du tout avec l'idée qu'on se faisait d'une impératrice. Je persiste à croire que si Hélène avait épousé Franz, tout se serait beaucoup mieux passé pour elle que pour moi puisque ma mère l'avait depuis longtemps élevée dans cette perspective. Nul, à commencer par ma belle-mère, n'aurait songé à lui reprocher son arbre généalogique déficient (le même que le mien, lorsqu'on y pense!) puisqu'elle avait appris depuis longtemps à «s'ennuyer avec grâce»!

Mes beaux-frères m'ont bien accueillie, mais il m'a évidemment fallu un certain temps pour m'habituer à cette kyrielle d'oncles et de cousins que je ne connaissais guère que de nom. Franz n'avait que peu de temps à m'accorder. Lui qui aurait dû être mon guide dans ce milieu hostile, il a laissé sa mère faire mon «éducation d'impératrice», tout en sachant pourtant que les manières rudes de ma belle-mère n'arriveraient qu'à me braquer contre tout ce qu'elle chercherait à m'imposer. Il aurait simplement suffi de m'expliquer les raisons de ces règles d'étiquette que je trouvais ridicules, pourquoi privilégier telle ou telle personne dans mon entourage, plutôt que de me les imposer avec un «c'est ainsi et il n'y a pas à y revenir»! Franz passait son temps à me dire que j'étais la première dame de l'Autriche; il aurait donc suffi de me traiter en première dame, et non en couventine récalcitrante, et on aurait obtenu de moi tout ce qu'on aurait voulu. Non, chère âme, je n'ai guère eu de soutien de la part de Franz. Il était déchiré entre sa mère et moi et n'osait pas déplaire à celle à qui il devait son trône. Il croyait que le temps arrangerait tout, mais le temps a plutôt été son ennemi et a détruit tout ce qui aurait pu être beau et durable entre nous. Tout cela parce qu'il avait osé une fois, une seule fois, désobéir à sa mère en m'épousant plutôt qu'Hélène. L'archiduchesse m'a rendue responsable de cette désobéissance et me l'a fait payer jusqu'au dernier jour de sa vie.

Sincèrement,

Elisabeth