La bague
       

       
         
         

Jessica

      À Sa Majesté l'Impératrice Élisabeth d'Autriche,

Je vous écris pour vous poser quelques questions auxquelles j'aimerais bien que vous me répondiez, dans la mesure du possible.

Tout d'abord, selon le film portant sur votre vie, j'aimerais savoir si vous et Charles-Louis (Karl-Ludwig) aviez vraiment échangé des bagues lors de votre voyage au Tyrol trois ans auparavant.

Aussi, j'aimerais savoir si votre dessert préféré était vraiment la crème fouettée et si vos fleurs favorites étaient bel et bien les roses rouges.

Finalement, j'aimerais savoir si lors de vos grossesses vous portiez des corsets. Si c'était le cas, j'en suis très peinée pour vous car cela devait être très inconfortable.

Je vous remercie à l'avance de répondre si gentiment à mes quelques questions qui sauront sûrement m'éclairer.

Toutes mes salutations chère Impératrice,

Jessica
         
         

Impératrice Sissi

      Ma chère Jessica,

Lors de ma première rencontre avec mes cousins d'Autriche, je n'avais que onze ans. C'était en 1848 et la famille impériale avait fui au Tyrol, à Innsbruck plus particulièrement. Ma mère a alors décidé d'aller visiter sa soeur Sophie et nous y a amenées, Hélène et moi. J'y ai gagné un admirateur de quinze ans, mon cousin Carl-Ludwig. À cette époque, Franz avait dix-huit ans et ne s'intéressait guère à ses petites cousines. C'est donc avec Carl-Ludwig que j'ai commencé un échange de lettres et, en effet, nous nous sommes mutuellement fait parvenir des bagues durant l'été 1848.

Pour ce qui est du dessert, je n'ai jamais eu un goût très prononcé pour les sucreries, et cela a même fini par tourner à l'aversion à mesure que je me suis dégoûtée de la nourriture en général. Mais j'avoue avoir consommé beaucoup de glace à la violette il y a quelques années, c'était un dessert à la mode chez les élégantes d'Europe, et cela me suffisait comme repas, au grand désespoir de mon époux. Quant aux fleurs, j'aime beaucoup les roses rouges, effectivement, mais également les blanches, les orchidées et le jasmin, qui était la fleur favorite de mon cousin Louis II de Bavière. Le doux parfum de cette fleur me le rappelle sans cesse.

Oui, je portais des corsets lors de mes grossesses, mais c'était justement des «corsets de grossesse», qu'on laçait seulement à la hauteur de la poitrine. Ce n'était donc pas trop inconfortable. Et le plus souvent, j'avais justement hâte de revenir à un corset plus serré, tant j'avais peur de rester ainsi déformée! Dire que j'ai dû supporter tout cela quatre fois! Quand je pense que ma mère a eu huit enfants! J'ai le plus grand respect pour les mères de familles nombreuses, quel courage!

Cordialement,

Elisabeth