Kronalb
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Pourquoi cette vie étrange?

   

Votre Majesté,

Est-ce votre mère ou votre père qui a un lien de parenté avec la famille impériale d'Autriche?

Vos relations avec votre soeur aînée, Hélène, se sont-elles compliquées après votre mariage avec Franz?

Étiez-vous très amie avec Katrine Schratt?

Vivait-elle à la cour comme une favorite?

L'empereur s'affichait-il avec elle ou avaient-ils une liaison clandestine?

Avant la mort de Sophie, votre belle-mère, vous êtes vous réconciliées?

Une de vos filles s'appelle Sophie, n'est ce pas, est-ce votre belle-mère qui a choisi son prénom à votre place?



Chère âme,

Ma mère et mon père avaient tous deux des liens avec la famille de Habsbourg, notamment par mariage. Du côté de mon père, ces liens étaient tout de même à un degré assez éloigné, et remontaient à ses propres grands-parents, je crois. En ce qui concerne ma mère, elle était soeur de l'archiduchesse Sophie, ma belle-mère, et également soeur d'une ancienne impératrice, Caroline-Augusta, épouse du défunt empereur François II d'Autriche. Je l'aimais beaucoup, elle m'a toujours appuyée, mais vivait éloignée de la Cour pour ne pas éclipser la mère de l'empereur de son propre titre d'impératrice.

Aucune tension de ce genre n'a jamais existé entre mes soeurs et moi, avec Nené moins que toute autre. Elle est toujours demeurée ma soeur préférée, et j'ai été très heureuse pour elle lorsqu'elle a rencontré l'amour en la personne du prince Maximilien de Tours & Taxis. Ce fut un très beau mariage d'amour, ce qui n'aurait pas du tout été le cas si elle avait épousé Franz. L'union envisagée n'a jamais été une question de sentiment, ce n'était qu'un mariage soigneusement arrangé par nos mères, que le coup de foudre de Franz est venu chambarder. Je suis même intervenue personnellement auprès du roi Maximilien 1er de Bavière pour qu'il approuvât ce mariage. Il s'y opposait jusqu'alors pour des raisons de préséances, mes soeurs ayant rang de princesses royales, ce qui n'était pas le cas pour les Tours & Taxis. Enfin, tout s'est arrangé pour le plus grand bonheur d'Hélène. Elle a eu la douleur de perdre son époux après seulement 10 ans de mariage, et s'est elle-même éteinte dans mes bras, le 16 mai 1890.

Non, Katherina ne vit pas à la Cour. François-Joseph, si soucieux des convenances, serait bien le dernier à vouloir une Pompadour! Elle a sa propre maison sur la Maxingstrasse, au bout du parc de Schönbrunn, ce qui facilite les visites matinales de l'empereur. Nous l'invitons également à Ischl durant l'été. C'est donc une amitié très affichée car il n'y a rien à cacher, quoi qu'en pensent les mauvaises langues de Vienne. C'est moi qui l'ai présentée à Franz, dans le but très clair qu'elle devînt ma «remplaçante» auprès de lui. Je ne peux plus demeurer à Vienne, cet endroit me rendra folle. Franz et moi avons beaucoup de tendresse l'un pour l'autre, nous aimons être ensemble, mais nous nous heurtons sans cesse. Mon amour de la poésie, ma vie intérieure qu'il appelle «promenades dans les nuages», mon chagrin qui refuse de s'apaiser depuis la mort de Rodolphe, tout cela l'irrite, malgré tout son amour pour moi. Katherina sait le faire rire, le distraire, lui apporter l'apaisement et la joie que je ne sais plus lui donner, et je lui en suis reconnaissante. Qu'il puisse l'épouser après ma mort, voilà mon voeu le plus cher.

Je ne me suis jamais réconciliée avec l'archiduchesse Sophie. Elle s'était certes complètement retirée de la vie politique depuis le Compromis hongrois, et sa main-mise sur notre vie familiale s'était beaucoup relâchée depuis plusieurs années, mais la blessure était trop profonde. Le rapt pur et simple de mes enfants (elle a en effet imposé le prénom de ma fille Sophie, et Franz n'a alors eu d'autre choix que de la prier d'être marraine), ses interventions perpétuelles pour empêcher toute intimité entre Franz et moi, même pendant notre lune de miel, ses mesquineries et vexations quotidienne pour me faire passer pour une ravissante idiote, tout cela a fini par me rendre malade. Sans compter que la Cour suivait servilement son exemple. Tout cela nous a séparées durablement, en plus de créer un fossé infranchissable entre moi et la haute société viennoise. A sa mort, en 1872, je l'ai veillée consciencieusement durant toute son agonie, sans prendre le moindre repos et j'ai soutenu Franz dans sa peine. Je n'ai éprouvé moi-même aucun chagrin, mais plutôt du regret. Pourquoi cette dureté envers moi, au début de notre mariage? Et dire que ma mère était si heureuse de pouvoir me confier à sa soeur comme à une seconde mère! L'archiduchesse Sophie n'a jamais été une mère pour moi car elle ne m'a jamais pardonné. Elle ne m'a jamais pardonné d'être impératrice à la place d'Hélène, qu'elle avait choisie elle-même. Elle ne m'a jamais pardonné de détester ma position d'impératrice alors qu'elle-même en avait rêvé une bonne partie de sa vie. Elle ne m'a jamais pardonné d'avoir été le premier acte de désobéissance de son fils envers elle et surtout, elle ne m'a jamais pardonné l'amour que Franz avait pour moi. Elle passait soudainement en second dans le coeur de son fils et cela, elle n'a pu le supporter et m'en a rendue responsable. Elle me l'a fait payer. Chèrement payer.

Sincèrement,

Élisabeth