Claire
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Je ne comprends pas

    Excusez-moi, mais qui êtes-vous? À qui ai-je l'honneur? Quel âge avez-vous, sans indiscrétion, et d'où communiquez-vous? Désolée pour l'impertinence et merci d'avance pour vos réponses.

Claire



Chère Claire,

Pour moi, qui tente de fuir le monde, de paraître inaperçue et qui traîne, malgré tout, une foule de badauds à mes trousses dès que je sors, il est plutôt rafraîchissant de me faire demander qui je suis!

Je crois que vous auriez un bon aperçu en lisant toute la correspondance échangée sur Dialogus, mais je vais vous éviter ce long pensum en y allant d'une brève biographie. Je m'appelle Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, duchesse en Bavière, née le 24 décembre 1837 à Munich. On me surnomme «Sissi» (avec un ou deux «s») depuis l'enfance. Le 24 avril 1854, j'ai épousé François-Joseph 1er, empereur d'Autriche. Il devait initialement épouser ma soeur Hélène, mais il a eu le coup de foudre pour moi dès qu'il m'a vue. J'ai partagé cette inclination un certain temps, mais mon amour était aussi fragile qu'une rose d'été et s'est fané avec les guerres, les maladies et la dureté de la vie de Cour.

Je n'étais pas faite pour être impératrice. La vie de Cour, où le «paraître» prime sur «l'être», m'a brisée à jamais. J'ai eu trois enfants que ma belle-mère m'a retirés pour les élever elle-même à leur naissance, et l'aînée de mes filles est morte dans mes bras à l'âge de deux ans. J'ai eu un quatrième enfant en 1868, ma Chérie, ma fille Valérie, que personne n'a pu m'enlever sinon l'amour d'un pâle garçon dont je n'aurais même pas voulu pour moi. Tant d'amour déversé sur elle, et elle m'a quitté sans regrets, au bras de cet homme qui l'a transformée en pondeuse d'enfants! Mais elle est heureuse, ils s'aiment et c'est le principal pour moi. Je voyage sans relâche à travers l'Europe, fuyant depuis des années les obligations de représentations, car j'ai décidé une fois pour toutes d'être une personne privée et non un objet. La mort de mon fils Rodolphe a brisé le fil qui me rattachait aux réalités de ce monde et me voilà plus que jamais plongée dans la mélancolie. J'ai soixante ans, je vous écris tantôt depuis Vienne, tantôt depuis Ischl ou Lainz, entre deux voyages. Nous sommes en 1898, et je communique avec vous, âmes du futur, par le biais d'un instrument qui demeure pour moi un mystère. Monsieur Sinclair Dumontais, qui gère admirablement tous ces échanges, pourra vous en dire davantage.

Voilà, chère amie, vous en savez désormais un peu plus sur moi. N'hésitez pas à m'écrire à nouveau, ces échanges avec les âmes du futur sont devenus désormais pour moi une autre forme de fuite, qui a l'avantage de ne pas épuiser mes dames d'honneur!

Amicalement,

Élisabeth