Élida
écrit à




L'Impératrice Sissi






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De nos jours on dit encore que vous êtes le symbole de la beauté et que votre mari vous adore. Est-ce vrai?

Élida


Chère Élida,
 
Oui, j'ai été longtemps considérée comme la plus belle femme du monde. Cette beauté relevait, certes, au départ d'un don, mais était également le résultat d'un travail acharné. J'ai fait beaucoup de sacrifices pour conserver ma minceur: à ce jour encore, à soixante ans passés, je ne dépasse pas les cinquante kilos ni les cinquante centimètres de tour de taille. Ma chevelure a également fait l'objet de tous mes soins, et ma coiffeuse est quelqu'un de très important dans mon entourage!
 
Mais tout cela est du passé, chère enfant. Les deuils, les guerres, la maladie, ce mal de vivre qui m'a toujours rongée dans ce «poste» où le sort m'a placée à seize ans et qui n'était définitivement pas fait pour moi, tout cela n'est pas passé sur mon visage sans s'y inscrire profondément. Je cache désormais mon visage rongé par les rides derrière une épaisse voilette, cherchant à préserver pour le monde l'image de la merveilleuse impératrice aux étoiles immortalisée par le peintre Winterhalter.
 
Mon époux, c'est bien vrai, m'aime énormément. Beaucoup plus que je ne l'aime moi-même, je le crains! J'ai été déçue par le mariage, c'est une institution absurde. Âgée de quinze ou seize ans, on nous demande de faire un serment qu'on ne peut ni comprendre, ni renier, et on en subit les conséquences durant quarante, cinquante ans... J'aime Franz, oui, je l'aime. Mais c'est un amour fait d'habitudes, de concessions, un amour de tendresse et, avouons-le, de pitié. J'ai pitié de mon petit homme solitaire, dévoué à son devoir d'empereur. Mais son absence de compréhension devant mes craintes et mes besoins, ses absences durant les premières années de notre mariage, son parti-pris pour toutes les décisions de sa mère, contre moi, m'ont laissé un goût amer. Les déceptions, la vie de cour et l'archiduchesse qui s'acharnait sans cesse à nous séparer ont empêché l'attirance sincère que j'éprouvais pour lui à quinze ans de se transformer en amour passion, l'amour inconditionnel que lui a réussi à me vouer malgré les inconvénients de notre vie officielle, car il avait été élevé dans l'esprit de sacrifice, avec la notion très nette que les temps d'intimité et de vie de famille seraient strictement minutés et limités toute sa vie. Tous nos malentendus sont venus de ce simple constat: je voulais vivre avec mon mari. Ne le pouvant pas, j'ai décidé de ne plus être blessée, et je me suis progressivement détachée. Mais la tendresse demeure. Il est, de tous les humains que je côtoie, celui que je souhaite le moins chagriner. Je l'ai confié à Katerina Schratt, «L'Amie», une actrice qui sait lui apporter le rire et la joie que je ne peux plus lui donner, confinée que je suis dans mon deuil et mes chagrins. Savoir céder la place à quelqu'un qui fera du meilleur «travail» que moi auprès de lui, c'est aussi une forme d'amour.
 
Amicalement,
 
Élisabeth