Flore
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Il veut vous tuer

    Votre Majesté,

Je vous écris pour vous informer; un anarchiste, Luchini, souhaite votre perte, vous tuer. Il a l'intention de vous assassiner à l'embarcadère lors de votre départ de Genève. Prenez garde. Évitez de marcher près d'un homme. Ce pourrait être lui. Je dis la vérité, croyez-moi. Je ne voudrais pas qu'il vous fasse du mal. Promettez-moi de faire attention.

Respectueusement, Flore



Chère Flore,

Depuis des années, je refuse toute escorte policière, et j'ai demandé instamment à mon époux de faire relâcher la surveillance autour de moi. Je voyage incognito pour éviter que les autorités des pays que je visite ne déploient autour de moi un appareil de surveillance qui m'horripile au plus haut point. Je suis consciente des risques que je prends, «tête couronnée» qui ose visiter les pays qui abritent les plus dangereux anarchistes, mais même si je m'enfermais à Vienne, à Gödölö ou dans la Villa Hermès, je finirais par mourir conformément à ma destinée.

Sincèrement, qui donc voudrait du mal à une vieille femme comme moi? Et si ce que vous dites doit m'arriver, j'aurais au moins la consolation de partir loin des miens, pour leur éviter le spectacle d'une longue agonie. J'ai toujours souhaité mourir en mer, mon navire sombrant dans les vagues, devenant moi-même une vague écumante, mon âme emportée par la mouette noire qui suit toujours mes pérégrinations. Je crois qu'elle est mon destin. Non, chère enfant, je ne cesserai pas de voyager, et je ne commencerai pas à craindre les gens qui s'approchent de moi. Si cela doit m'arriver, ce sera une délivrance, autant pour moi que pour ceux qui m'aiment et qui souffrent de mon mal-être. Mon âme s'envolera enfin, comme une fumée, par une petite ouverture du cœur.

Amicalement,

Élisabeth