Heureuse ou pas?
       

       
         
         

Elektra

      Bonjour Majesté,

C'est vraiment un grand honneur de vous parler car vous vivez en moi depuis que j'ai 2 ans. Je voudrais savoir si à la cour vous étiez heureuse? Car dans les films avec Romy Schneider, elle dit que vous n'étiez pas heureuse, est-ce vrai? Et un moment donné vous avez parlé des maîtresses de votre mari. Est-ce qu'il en aimait une au point de divorcer avec vous?

J'attends votre réponse avec impatience.

Elektra
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Comment peut-on trouver son bonheur à la Cour? Lorsque vous êtes, lorsque vous désirez demeurer une personne à part entière, et non une poupée de salon, c'est impossible. Spontanéité, jeunesse et fantaisie sont considérés comme des défauts et non comme des qualités, et sont rigoureusement interdits. J'avais seize ans, et on attendait de moi que je me comporte comme une douairière de soixante ans! Non, je n'ai jamais été heureuse à la Cour, j'en suis même tombée malade. Après mon voyage à Madère, j'ai trouvé une façon de survivre en voyageant beaucoup. Ces voyages me permettaient de supporter un peu la vie à Vienne entre deux départs. Aujourd'hui, je suis presque constamment en voyage. Vienne et même Gödölö ne sont plus pour moi que des escales obligées, et lors de mes rares séjours à Vienne, je n'y vis qu'en personne privée, et non en impératrice.

Ces voyages constants ont fait de mon époux un homme très seul. Le pauvre petit, j'ai souvent pitié de lui et je me reproche sa solitude, mais je n'y peux rien: Vienne, pour moi, c'est la mort. Je lui ai donc fait faire la connaissance d'une comédienne du Burgtheater, Madame Katerina Schratt, que nous appelons affectueusement «l'Amie». Si Franz a déjà eu des liaisons passagères dans sa jeunesse - et aucune n'était assez sérieuse pour affecter son amour pour moi - sa relation avec Mme Schratt est d'une toute autre nature, quoi qu'en pensent les clabaudeurs. L'Amie est douce, toujours gaie, disponible... tout ce que je ne suis pas. Il se délasse auprès d'elle, goûtant le plaisir d'une conversation terre-à-terre comme il les aime, le temps d'un petit déjeuner ou d'une promenade au Prater... Franz n'a eu et n'a toujours qu'un seul amour dans sa vie: moi. Je le dis sans pédanterie et sans vantardise, j'en suis presque triste pour lui car mon coeur s'est asséché à un tel point que je ne peux lui rendre que de la tendresse et du respect en échange de cet immense amour que je ne mérite pas. J'espère qu'il épousera Madame Schratt après ma mort, mais comme elle-même est mariée (mais séparée depuis plusieurs année), j'ignore s'il le pourra. Je le lui souhaite de tout coeur. Qu'une femme lui apporte enfin le bonheur que je n'ai pas pu lui donner...

Amicalement,

Elisabeth