Mélie
écrit à




L'Impératrice Sissi






Heureuse?



Bonjour, chère impératrice,

J'aurais souhaité savoir si vous êtes réellement heureuse avec vos fonctions d'impératrice, si cela ne signifie pas pour vous négliger votre famille, votre vie de couple, votre enfant? N'auriez-vous pas préféré vivre comme vos parents, à la campagne, loin de tout tracas?

En tout cas, je vous admire pour tout le courage que vous avez de mener une vie qui demande autant de patience pour être au service de son peuple.

Amicalement chère madame,

Mélie (dix-huit ans)


Chère Mélie,

Je crains que vous ne soyez bien mal informée. En fait, je n'ai jamais eu le courage de mener cette vie qui demande tant de patience, et je n'ai su que très rarement me mettre au service
du peuple. Je n'étais absolument pas faite pour cette vie. Seuls mon sens du devoir, et ma sincère désolation devant les malheurs occasionnés par les guerres m'ont fait quelquefois remplir mon rôle traditionnel de bonne Impératrice compatissante et consolatrice. Mais j'ai tenté le plus possible de vivre une vie privée, loin des tensions de la Cour et de son étiquette rigide.
Sans doute, si ma belle-mère avait su dès les tout premiers débuts m'expliquer la grandeur de certaines tâches, sans doute si mon époux m'avait intéressée à son travail et à ses soucis, l'idée que je me faisais de mon rôle aurait-il été tout autre. Mais dès les débuts de mon mariage, on s'est évertué à me faire comprendre que je ne devais jamais discuter de politique avec mon époux, et on s'est persuadé d'ailleurs que je n'y comprendrais jamais rien, étant sans doute très belle, mais pas très très brillante. Il faut dire qu'à la Cour de Vienne, l'intelligence est déterminée non par votre degré de culture – c'est presque une tare si vous lisez! – ni par vos connaissances en général, mais bien par votre capacité de «bien» tenir une conversation de salon (s'ennuyer avec grâce comme disait ma mère), et sur votre faculté à retenir et à raconter les derniers potins. Talent que je n'ai jamais su maîtriser.

Les seuls moments où j'ai pris plaisir à mon rôle d'Impératrice furent ceux où j'ai pu utiliser ma position pour venir en aide à ma seconde patrie, la Hongrie. Mais pour le reste, ce titre ne fut jamais pour moi qu'une succession d'insupportables corvées. Depuis plus de quarante ans que je suis mariée avec François-Joseph, il n'est pas un jour où je ne me suis pas répété cette phrase, prononcée à quinze ans, dans un moment d'extrême lucidité lorsque je fus mise au courant de sa demande en mariage: «Si seulement il n'était pas Empereur!»

Amicalement,

Élisabeth