Laura
écrit à




L'Impératrice Sissi






Hélène en Bavière et Sophie en Bavière



Votre majesté,

Je suis curieuse de votre famille et je voudrais savoir quelles relations entretenaient Hélène en Bavière avec Sophie en Bavière (bien sûr elles sont soeurs toutes les deux) car j'ai remarqué qu'elles avaient des points en commun comme la religion.

merci de me répondre.

Laura


Chère Laura,
 
Sophie et Hélène avaient entre elles les mêmes relations que j'avais moi-même avec chacune d'entre elles. Comme vous le soulignez, nous étions sœurs, et tendrement attachées les unes aux autres. Mes liens avec mes frères et sœurs ont toujours été très forts malgré les brouilles et les malentendus. Je vois toujours mes sœurs Mathilde et Marie, bien que Marie ait été un jour à la source d'un douloureux malentendu avec mon fils Rodolphe dans les années 1880. Je ne la fréquente pas aussi assidûment qu'à cette époque, mais je ne la boude pas non plus! Il n'y a que mon frère Louis qui soit un peu à part, plus excentrique que moi si possible, avec son épouse «danseuse en lapin au tambour» (Franz m'a fait parvenir une photographie!) et ses cheveux noircis au noir de charbon... Depuis que sa fille Marie a joué l'ignoble rôle d'entremetteuse entre mon fils et Marie Vetsera, j'ai banni cette dernière de la cour, et comme Louis a voulu intercéder pour elle, je me suis brouillée avec lui aussi.
 
Cette longue parenthèse, chère Laura, pour souligner qu'entre Sophie et Hélène, des liens fraternels existaient malgré la différence d'âge (treize ans!) et même si elles vivaient à bonne distance l'une de l'autre, Hélène à Ratisbonne et Sophie à Paris. Sophie n'était pas très voyageuse; les relations conflictuelles de son mari avec les régimes français qui ont suivi le règne de Louis-Philippe l'ont obligée toute sa vie à de nombreux changements de résidence qui ont parfois fortement ébranlé son équilibre. Hélène allait donc la voir de temps à autre, bien qu'elle préférât elle aussi demeurer dans sa ville, près de son fils nouvellement intronisé prince de Thurn und Taxis.
 
Elles avaient en effet trouvé toutes deux un grand réconfort dans leur foi. Hélène a perdu tour à tour son mari tendrement aimé, sa fille Élisabeth âgée de vingt ans à peine, mais c'est surtout la mort de son fils Maximilien qui l'a ébranlée au plus profond d'elle-même. Dans sa terrible passion, elle était comme folle, et a dû être suivie de très près par les médecins pendant un certain temps. Sa foi lui a permis de retrouver son équilibre, tout comme cette foi a aidé Sophie à vivre dans un monde où, comme moi, elle ne semblait pas trop savoir quels étaient sa vraie place et son vrai rôle. Toutes deux m'ont quittée trop tôt, avant d'avoir pu me transmettre le secret de cette paix intérieure que je souhaiterais tellement trouver moi-même! Je ne puis, comme elles, trouver ma paix dans la foi. Je crois en Dieu, certes, mais je ne crois pas qu'Il intervienne quotidiennement dans nos vies personnelles. Je ne suis sur terre qu'un misérable moucheron, comment pourrait-Il se soucier de ma personne? Je ne puis donc que L'adorer en silence, admirant Ses œuvres, ces beaux paysages que je surnomme «des poèmes de Jéhovah». Cela me conforte dans l'idée de Sa puissance, mais ne me donne pas la paix! Ma paix n'est pas de ce monde, je le crains. J'ai beau la chercher sur des îles féériques, dans les montagnes ou sur la mer, la mouette ne sait plus où se poser pour trouver la tranquillité. Cela finira bien un jour, et le repos éternel n'en sera que meilleur.
 
Amicalement,
 
Élisabeth