Maria
écrit à




L'Impératrice Sissi






Gymnastique et sport



Chère Impératrice,

Je voudrais savoir quelle gymnastique vous pratiquiez et connaître votre rapport au sport, vu que vous étiez très sportive. Les femmes de votre époque faisaient-elles de la gymnastique, comme vous, avec des agrès? Pratiquaient-elles autant l'équitation?

Je vous remercie et vous témoigne toute mon admiration.

Maria

Chère Maria,
 
La plupart des femmes de mon époque se contentent, pour tout exercice, d'ouvrir leur ombrelle ou d'agiter leur éventail. D'où le scandale provoqué par l'installation de ma salle d'exercice. Les journaux de l'époque, ne pouvant croire que tout cela avait été installé pour moi, avaient publié des insanités, disant que Franz et certains archiducs, même les plus âgés, se réunissaient une fois par jour vêtus de ce que vous appelleriez à votre époque un «survêtement de sport», pour s'adonner au cheval d'arçon et autres exercices... Les journaux mentionnaient également que cet équipement avait été installé dans l'une des plus prestigieuses salles de la Hofburg, où Franz a longtemps prononcé ses discours du trône. Franz ne savait plus s'il devait rire ou se fâcher, et a laissé à son chef du protocole le soin de décider si ces insanités devaient ou non faire l'objet d'un démenti officiel...
 
Outre les exercices d'assouplissement que je m'impose encore quotidiennement, j'ai évidemment exercé l'équitation, une véritable passion pour moi, où je devais absolument exceller. J'en ai fait pendant plus de vingt ans, la grande affaire de ma vie. Il y a évidemment beaucoup de femmes qui pratiquent l'équitation, mais de l'aveu même de mes compagnons masculins qui m'ont longtemps accompagnée en Irlande ou en Angleterre, aucune femme ne montait comme moi, et peu d'hommes y arrivaient. J'ai également pratiqué l'escrime et la natation, dans le lac de Starnberg et à l'île de Whight, notamment, mais depuis une dizaine d'années, c'est surtout la marche qui m'occupe. Les longues promenades de plus de six heures d'affilées ne me font pas peur, ni les randonnées en montagne. J'ai abandonné l'équitation vers la fin des années 1880. Moi qui la veille encore ne craignait absolument rien, voilà que la peur m'a prise soudainement, je voyais une menace dans chaque fossé, dans chaque haie à sauter. Je n'ai gardé que mes chevaux favoris que j'ai monté quelques fois, fort prudemment, et j'ai ensuite liquidé tout mon haras. Une importante page de ma vie s'est tournée ce jour-là.

Sincèrement,
 
Élisabeth