Justine
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Gisèle et tableaux

    Chère Sissi,

J'ai lu dans l'une de vos biographies que votre fille Gisèle vous ignorait jusqu'à vous craindre et que vous-même ne vouliez pas la voir. Pourriez-vous me dire la cause de cette ignorance? Je crois qu'elle était bien avec votre mari.

Aimiez-vous poser pour vos tableaux? Avez-vous fait beaucoup de tableaux avec Franz? Moi-même, je n'aime pas poser pour les photos, alors poser pour un tableau, je n'y pense même pas. Au fait, combien de temps doit-on poser pour un tableau?

Votre dévouée,

Justine W



Chère Justine,

Mes relations avec ma fille Gisèle ont toujours été plutôt complexes. Comme elle m'a été pratiquement confisquée à la naissance, on ne m'a pas laissé créer avec elle les liens indéfectibles qui lient une mère à son enfant. J'ai récupéré un moment sa tutelle, mais la mort de ma fille aînée Sophie est venu contrecarrer tous les espoirs que j'avais mis dans mon rôle de mère, dans mon désir de former une vraie famille avec Franz et mes enfants. J'étais à ce point persuadée de ma culpabilité dans la mort de Sophie que j'ai laissé ma belle-mère reprendre le contrôle de l'éducation de Gisèle, en même temps que celle de Rodolphe, né entre-temps. Par la suite, les maladies, le dégoût de la Cour m'ont éloignée de Vienne, et lorsque je me suis un peu apaisée et que j'aurais pu revenir créer ces liens, elle était déjà fiancée! Franz a simplement agi en bon père de famille, soucieux de donner sa fille à l'un des rares princes catholiques, disponibles, en l'occurrence le prince Léopold de Bavière, et a précipité les fiançailles alors que Gisèle n'avait encore que quinze ans. C'était beaucoup trop tôt, à mon avis, et j'ai imposé un an d'attente aux fiancés. Une année pour me rapprocher de ma fille, une année pour tenter de tisser des liens, c'est peu, vraiment trop peu. Je n'ai pas réussi à m'attacher à elle, tout comme je suis restée pour elle une étrangère, une femme fantasque, une femme trop belle auprès de laquelle elle paraissait désespérément terne et qu'elle était forcée d'appeler maman. Sans me craindre, elle n'est pas à l'aise avec moi, et je dois admettre que moi non plus. Je ne refuse pas de la voir, c'est son beau-père le régent Luitpold de Bavière que je refuse de voir, à cause du rôle ignoble qu'il a joué lors de la destitution et de l'internement de mon cousin Louis II. Il en a résulté évidemment un froid avec ma fille, mais nous nous voyons tout de même de temps à autre à Munich ou bien lorsqu'elle vient passer l'été à Ischl.

Non, je n'aimais pas poser pour des tableaux, ces longues séances d'immobilité me mettaient à la torture! Heureusement, au bout d'un jour ou deux de pose, l'artiste avait généralement terminé de fixer les traits du visage sur la toile, et ma présence n'était plus requise. Il suffisait que l'artiste ait devant lui une de mes robes, et il pouvait terminer seul. Curieusement, nous n'avons que très peu de tableaux ensemble, Franz et moi, la plupart ont été faits dans notre jeunesse. Je vais vous révéler un petit détail: Franz était représenté plus grand que moi, car un homme doit généralement être plus grand que son épouse, mais je le dépasse de deux bons centimètres. Courtisanerie oblige...

Amicalement,

Élisabeth