Jessica Frederick
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Frères et soeurs?

    À Sa Majesté l'Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie,

Tout d'abord, j'aimerais savoir si votre époux avait des frères et des soeurs. Si oui, combien d'enfants avait eu votre belle-mère, l'Archiduchesse Sophie? Quels étaient leurs noms? Pourriez-vous me décrire quelque peu leur vie?

J'attends votre réponse avec impatience,

De votre admiratrice Jessica
 

Chère Jessica,

Il y a déjà un certain temps que vous ne m'aviez pas écrit, n'est-ce pas? Très heureuse de vous retrouver…

Oui, François-Joseph a plusieurs frères, mais il n'a eu qu'une seule soeur, Marie-Anne, décédée peu avant son cinquième anniversaire, en 1840. Durant cette même année où elle a enterré sa seule petite fille, ma belle-mère a également mis au monde un fils mort-né en octobre 1840. Je me suis parfois demandé si ce n'est pas cette succession de malheurs qui l'avaient rendue si dure…

Franz a trois frères qui ont survécu à l'âge adulte: Maximilien, Charles-Louis et Louis-Victor. Maximilien est né le 6 juillet 1832, alors que le meilleur ami de ma belle-mère, le duc de Reichstadt (le fils de Napoléon) agonisait dans une chambre voisine. Triste augure pour notre cher Max, qui était mon beau-frère préféré. Poète, artiste, il avait beaucoup voyagé avant son mariage avec l'ambitieuse Charlotte qui l'a mené à sa perte. Nommé vice-roi de Lombardie et Vénétie par Franz en 1857, il a su se faire apprécier des Italiens, mais uniquement sur le plan personnel. Au point de vue politique, malgré ses idées libérales, il n'a amené aucune amélioration des relations de ces provinces avec l'Autriche. «Nous ne demandons pas que l'Autriche devienne plus humaine, nous demandons qu'elle s'en aille!» disait-on là-bas. Franz l'a relevé de ses fonctions dès que la guerre d'Italie s'est profilée à l'horizon, ce qui a profondément froissé Max. Et après la défaite de Solferino, les cris de «abdiquez!» et «Vive Maximilien» que François-Joseph entendait dans les rues de Vienne n'allaient en rien améliorer les relations des deux frères!

Max et Franz en étaient là dans leurs relations lorsque arriva la proposition de Napoléon III, de créer un empire du Mexique avec Max comme empereur. Max hésitait mais, poussé par Charlotte qui voulait à tous prix être impératrice, il finit par accepter pour son plus grand malheur. Victime d'une révolution dans son empire chancelant, il finit fusillé par les révolutionnaires à Querétaro en 1867.

Charles-Louis, qui fut mon premier petit amoureux de quinze ans, est né le 30 juillet 1833 et est décédé en 1896. Jusqu'à sa mort, c'est son épouse, la très belle Marie-Thérèse de Bragance qui m'a remplacée à titre de «Première Dame» durant les cérémonies officielles auxquelles je ne participe plus. Cette situation n'a pas été sans créer quelques heurts avec la Princesse douairière Stéphanie, la veuve de mon fils Rodolphe, qui assumait ce rôle depuis 8 ans, mais Franz a su régler le rang et les titres de chacun à la satisfaction de tous. Enfin, à la satisfaction de ceux pour qui ces simagrées ont une quelconque importance. Charles-Louis n'avait aucune fonction officielle à la Cour et menait une vie plutôt tranquille, tantôt à Graz, tantôt à Vienne. Il a eu de sa première épouse, Marie-Annonciade, un fils nommé François-Ferdinand, l'actuel prince héritier suite au décès de mon fils.

Quant à Louis-Victor, né le 15 mai 1842, Franz a dû le bannir de la Cour il y a déjà quelques années, suite à un scandale survenu avec de jeunes hommes dans un bain turc à Vienne. Je ne demande jamais de ses nouvelles. Il y a longtemps, il me rapportait fidèlement, pour me blesser, tous les ragots que l'on colportait sur mon compte. Au besoin, il en inventait. Il se comportait exactement une de ces vieilles commères que j'exècre. Il est en grande partie responsable de tous les malentendus que j'ai pu avoir avec la noblesse viennoise, et il a complètement gâché ma vie. Je me porte beaucoup mieux depuis que je ne le vois plus du tout.

Amicalement,

Élisabeth