Catherine
écrit à




L'Impératrice Sissi






Fatrie de Possenhofen



Votre Altesse impériale,

J'ai lu, et vous saurez me dire si cela est vrai, que vous aviez, avec votre sœur Marie-Sophie, organisé le mariage de la cadette de la famille, Mathilde, avec Louis, comte de Trani. J'ai également lu qu'avec ces dernières, vous vous retrouviez pour recréer l'intimité de Possenhofen. Est-ce donc dire que vous avez fréquenté plus assidûment Marie-Sophie et Mathilde?


Avec tout mes respects,

Catherine


Chère Catherine,
 
J'ai en effet beaucoup fréquenté Marie jusqu'au début des années 1880. À cette époque, j'ai appris qu'elle répandait sur moi des calomnies concernant mon «pilote» de chasse à courre, Bay Middleton, et que ces ragots ignobles étaient même parvenus aux oreilles de mon fils. Une scène pénible a même eu lieu entre mon fils et le capitaine Middleton, et il a fallu du temps pour que j'apprenne d'où venaient ces commérages. Heureusement, Rodolphe s'en est ouvert auprès de ma dame d'honneur Marie Festetics, et j'ai pu éclairer mon pauvre fils. Mais mes relations avec Marie sont demeurées plutôt froides depuis.
 
Je vois toujours Mathilde avec plaisir lorsque je passe en Suisse ou lorsque nous nous retrouvons à Possi. Nous nous rencontrions également souvent à Paris, mais depuis la mort de ma pauvre sœur Sophie, l'an dernier, je ne m'y aventure plus guère. Ce n'est certes pas moi qui ai organisé son mariage avec le comte Trani pour la simple raison que j'étais fort malade et à Madère lorsque tout cela a été décidé. Qu'est-ce qui a persuadé ma mère de marier Mathilde au comte Trani au moment même où son frère, le roi François de Naples et des Deux-Siciles était en train de perdre son trône en compagnie de ma sœur Marie, je l'ignore totalement. Il faut dire que ma famille, Wittelsbach ducs en Bavière et non de Bavière, n'avait guère l'initiative pour les brillants mariages. Pour ma mère -et pour plusieurs femmes de mon époque- un mauvais mariage valait mieux que pas de mariage du tout. Combien elle s'est tracassée pour Hélène, qu'elle voyait vieille fille alors qu'elle n'avait que vingt ans! Je me suis impliquée pour le mariage d'Hélène, auquel le roi de Bavière tardait à donner son accord, car son fiancé, le prince de Tours & Taxis, n'avait pas le titre «d'Altesse Royale». Le mariage d'Hélène, bien que court -Maximilien est décédé dix ans plus tard- a été très heureux, et il aurait été affreux qu'Hélène passât à côté du bonheur pour une vulgaire question de titres ronflants! Je suis donc intervenue avec vigueur auprès de mon «oncle» (mon cousin en fait, mais bien plus âgé que moi) pour qu'il consente à ce mariage. Je me sentais si coupable envers Hélène, dont j'avais pris bien involontairement la place d'impératrice d'Autriche...
 
Je suis également intervenue très activement pour le mariage de mon frère Max-Emmanuel. Il était secrètement amoureux fou d'Amélie de Saxe-Cobourg, alors promise au prince Léopold de Bavière qui a fini par épouser ma fille Gisèle! J'ai laissé un temps convenable passer, puis je les ai invités tous deux à une innocente réunion de famille. La méthode a réussi, ils ont formé eux aussi un très heureux couple jusqu'au décès de mon frère en 1893.
 
Amicalement,
 
Élisabeth