Christelle François
écrit à




L'Impératrice Sissi






Éternellement dans mon cœur



Très chère Sissi,

Cela fait bien longtemps que je ne vous ai écrit; il y a de cela des lustres même. À l'époque je vous racontais l'attachement que j'avais pour vous, ainsi que mon voyage lors du 100ème anniversaire de votre mort. Ce voyage, pour moi, a tout changé. Car votre image est devenue bien plus réelle. J'étais, lors, fan comme toutes les jeunes filles de mon âge de ces films à l'eau de rose où Romy Schneider incarnait votre personne. Mais j'ai bien vite compris que tout cela n'avait rien à voir avec la femme que vous étiez. Votre présence était si puissante et palpable, lorsque je me trouvais à Vienne, que j'ai l'impression que vous ne m'avez jamais quitté depuis, comme une sœur, comme un ange gardien qui veillerait sur moi. Sissi, dans votre dernier message vous me disiez de ne pas m'accrocher à votre personne comme on peut le faire avec un guide spirituel. Votre vie a certes été émaillée de tourments mais vous n'en êtes pas moins un modèle d'indépendance et une femme extrêmement visionnaire pour son époque. Vous êtes une libérale, Sissi. Et rien que pour cela vous méritez toute mon affection et mon admiration. Non je n'ai pas fait de séance d'hypnose pour connaître notre lien que je ressens, extrêmement puissant. Je suis certaine que j'ai du faire partie de vos proches mais plutôt dans votre enfance. C'est un sentiment que je ne puis expliquer, une force puissante et inexplicable me lie à vous ma chère, ma très chère Sissi.

Affectueusement,

Votre amie Christelle


Chère Christelle,
 
Heureuse d'avoir de vos nouvelles, chère âme. Rien ne me fait davantage plaisir que de recevoir un mot de mes correspondants les plus chers, ceux avec qui j'ai fini par développer un lien particulier, et vous en faites définitivement partie.
 
Votre dévotion me touche, mais je continue de vous dire de ne pas me considérer comme un guide spirituel; il m'arrive moi-même de douter terriblement, de ne plus croire en l'Église puisque cela serait admettre que mon fils est damné... Je me sens aux yeux du grand Jéhovah comme un misérable moucheron. Comment pourrait-il se soucier de ma petite personne? Et à d'autres moments, je ne souhaite rien d'autre que de m'abandonner à sa divine volonté, et je me prosterne devant lui en louant sa puissance et sa sagesse. Mon âme est si tourmentée, chère enfant, il m'est impossible de me considérer comme un modèle ou un guide... Si le spectacle de mon désespoir peut vous inspirer les gestes à ne pas faire dans votre vie, mon mal de vivre aura du moins servi à quelque chose.
 
Ne vous souciez pas de ceux qui peuvent douter de notre lien spirituel. Je ne suis aucunement surprise de ce que vous avancez, chère Christelle. J'ai moi-même senti si fort, à plusieurs reprise, le lien qui m'attachait à mon maître, Henrich Heine, et à mon défunt cousin Louis II de Bavière, que cette parenté que vous ressentez entre nos deux âmes n'a rien pour me surprendre. Ainsi donc, si nous avons été liées dans le passé, peut-être sommes-nous appelées à nous retrouver plus tard, à une autre époque ou dans un autre monde... J'ai du mal à croire en la réincarnation; comment Dieu pourrait-il être assez cruel pour imposer à ses créatures un autre passage sur cette Terre de larmes? Malgré tout, il m'arrive quand même de me dire: «quand je reviendrai sur Terre...»

Avec toute mon amitié,
 
Élisabeth