Équitation
       

       
         
         

Carole

      Chère impératrice,

Je m'appelle Carole et j'ai douze ans. Je vous adore, même si je sais que votre vie n'a pas toujours été rose.

J'ai vu dans de nombreux films et biographies sur vous que vous adorez l'équitation. Vous passez même pour la plus grande chasseuse à courre d'Europe. Est-ce vrai? Cela ne devait pas être évident, avec des robes!

J'ai également ouï-dire que votre belle-mère, l'archiduchesse Sophie, vous avait ôté la garde de vos enfants. De ce fait, vous n'avez pas vraiment connu votre seconde fille, Gisèle. On dit aussi vous vous étiez désintéressée des enfants de Gisèle, et que vous ne leur rendiez pas visite. J'ai d'abord pensé que c'était une fantaisie pour romancer votre vie, personne ne s'est gêné pour le faire. Pouvez-vous s'il vous plaît m'en parler?

Bon, je ne vais pas trop vous importuner, mais cette question est vraiment de saison: Il paraît que depuis la mort de votre pauvre Rodolphe, vous ne fêtez plus Noël, ainsi que votre époux François Joseph. Est-ce vrai?

J'espère que vous me répondrez, si je ne vous importune pas trop.

À bientôt.

Carole
         
         

Impératrice Sissi

      Chère jeune amie,

Sachez que les lettres que je reçois sur Dialogus ne m'importunent jamais – à moins que je n'y décèle des intentions malveillantes – puisque j'ai accepté de faire partie de ce merveilleux projet. J'adore échanger avec les âmes du futur, qui me comprennent tellement mieux que mes contemporains!

J'ai effectivement été considérée, durant les années 1870-80, comme l'une des meilleures cavalières d'Europe. J'ai organisé mes premières chasses à courre à Gölölö, où j'ai pris follement goût à ce sport. Puis, après m'être bien entraînée – je tenais à faire bonne figure parmi tous ces cavaliers émérites – j'ai participé à de nombreuses chasses en Angleterre, en France et en Irlande. Il fallait une fameuse maîtrise du cheval pour arriver «entier» au bout de ces courses folles où l'on rencontrait fossés, murets et mille autres obstacles. Souvent, sur une cinquantaine ou une centaine de cavaliers qui se trouvaient au départ de la chasse, à peine une douzaine se retrouvaient à l'hallali – dont je faisais généralement partie, avec mon fidèle «renard rouge», Bay Middleton, qui avait été engagé pour me «piloter» lors de ces chasses. Rassurez-vous, les robes d'équitation (amazones) étaient beaucoup plus légères que les robes de Cour! J'ai aussi pris des cours de haute école avec Émilie Petzold (qu'on appelait aussi Émilie Renz, puisqu'elle était l'écuyère vedette de ce grand cirque) et avec Émilie Loisset, qui est devenue une grande amie. Elle est malheureusement décédée d'un accident de cheval en 1882, mais c'est elle qui m'a appris à faire agenouiller un cheval ou à passer entre deux cerceaux.

En ce qui concerne Gisèle, j'admets qu'il est vrai que je n'ai jamais été très proche d'elle. J'ai récupéré la charge de son éducation lorsqu'elle avait un an environ, mais suite au décès de ma petite Sophie, mon sentiment de culpabilité et d'incompétence était tel que j'ai laissé ma belle-mère faire à sa guise. Mon éloignement à Madère pour raisons de santé a fait le reste. Nos rapports sont chaleureux, cordiaux, mais ressemblent davantage à des rapports de tante à nièce que de mère à fille. Elle s'est mariée très jeune et a quitté l'Autriche pour la Bavière, où j'ai pu la voir très souvent – ainsi que ses enfants – pendant plusieurs années. Cependant, vu le rôle indigne joué par son beau-père, le prince régent Luitpold lors de la mort de Louis II de Bavière, j'évite Munich désormais, et je n'ai plus jamais adressé la parole au Régent. Cela complique effectivement les contacts que je puis avoir désormais avec Gisèle ou avec ses filles.

Je ne fête plus Noël depuis la mort de Rodolphe, en effet. En fait, je suis allée plus loin. J'ai fait écrire à toutes les ambassades et chancelleries que je ne désire plus désormais recevoir le moindre souhait pour mon anniversaire – qui tombe justement la veille de Noël – pour la nouvelle année ou pour toute autre fête. Les mots espoir et bonheur sont des mots que j'ai bannis à tout jamais de mon vocabulaire. Je m'arrange pour être loin de la Hofburg le soir de Noël, ce qui permet à François-Joseph de recevoir la famille impériale dans le grand salon où est installé le sapin.

Amicalement,

Elisabeth