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Kim et Michèle

      Chère Impératrice Sissi,

Vous dites dans une de vos lettres que votre fille Sophie vous ressemblait énormément. Nous aimerions savoir si cette dernière vous ressemblait plus que votre fille Marie Valérie lorsqu'elle était jeune? Comment auriez-vous prénommé votre fille Sophie si votre belle-mère n'avait pas décidé à votre place? Nous aimerions aussi savoir si votre belle-mère a été la marraine de tous vos enfants.

Vous dites aussi dans une lettre que votre fille Marie Valérie était frêle de santé. Nous aurions plutôt pensé à votre fille Sophie. Dans une de vos réponses, vous dites également que votre époux porte maintenant son «amour paternel» sur Erzi, votre petite-fille. Nous aimerions en connaître plus sur cette relation.

Nous aimerions aussi savoir les dates de naissance de vos soeurs Hélène et Sophie.

Nous aimerions aussi savoir quels étaient les prénoms des enfants de votre frère Maximilien-Emmanuel. On cite toujours les prénoms de trois de ses fils (Siegfried, Christophe et Luitpold) en précisant qu'il a eu d'autres enfants.

D'autre part, nous aimerions aussi savoir de quoi est décédé Maximilien, le fils d'Hélène et Sophie de Saxe, la première épouse de votre frère Charles-Théodore.

Par ailleurs, nous aimerions aussi savoir ce que sont devenues Stéphanie de Belgique, l'épouse de votre fils Rodolphe et Charlotte de Belgique, l'épouse de votre beau-frère, Maximilien.

Dans l'attente de votre réponse,

Kim et Michèle A.-M
         
         

Impératrice Sissi

      Chères jeunes amies,

Que de questions, que de questions! Cet intérêt marqué pour ma personne est éminemment flatteur, je dois l’admettre. Je vais tenter de répondre à toutes vos demandes sans vous submerger de détails afin de satisfaire votre curiosité sans vous ennuyer.

Tout d’abord concernant mes filles. J’ignore si ma petite Sophie aurait continué à me ressembler en vieillissant, mais le fait est qu’elle me ressemblait beaucoup, à deux ans à peine. Pour accentuer cette ressemblance – et attendrir le public – nous étions souvent habillées aux mêmes couleurs, lorsque nous paraissions ensemble. Quant à ma chérie, Marie-Valérie, je dois admettre qu’elle ne me ressemble guère, ni physiquement, ni intellectuellement. Tout comme son père et sa soeur Gisèle, Marie-Valérie a un tempérament résolument terre-à-terre, nullement porté vers la poésie. Physiquement, elle a la forme de mes yeux, une minceur qui persiste malgré plusieurs enfants et de très longs cheveux. Mais les traits de son visage rappellent en général ceux de l’empereur et non les miens, ce qui a suffi dans les années 1870 à faire taire les mauvaises langues, qui attribuaient sa paternité à Andràssy. Enfant, Valérie avait une santé délicate qui a nécessité des cures de bains de mer en France et à l’Ile de Wight, en Angleterre. Sa santé n’était pas aussi fragile que celle de Sophie et elle n’a jamais été, comme son aînée, en danger de mort. Mais je l’aimais tant que j’avais toujours peur.

Ma belle-mère n’a été marraine que de la petite Sophie. J’ignore quel nom j’aurais donné à ma fille, si on m’avait laissé le choix, je n’ai guère eu le temps d’y penser. Probablement Louise – ou Ludovica – comme ma mère. Louise est d’ailleurs le second prénom de ma fille Gisèle, dont ma mère est la marraine. Dans la maison de Habsbourg, il est de coutume de donner des marraines aux filles et des parrains aux garçons. Le parrain de Rodolphe fut donc mon beau-père, l’archiduc François-Charles. Quant à ma fille Valérie, c’est ma sœur Mathilde qui l’a tenue sur les fonts.

Erzi… Tout ce qu’il nous reste de notre fils Rodolphe. Je ne peux la regarder sans avoir les larmes aux yeux. Elle est si belle, si rêveuse, éprise d’absolu... Une telle nature ne peut qu’être déçue par les réalités de la vie, et je soupçonne que ma chère petite-fille n’aura pas la vie rose, tout archiduchesse soit-elle. Lorsqu’elle était petite, Erzi était l’un de nos rares petits-enfants à ne pas avoir peur de Franz. Il la prenait sur ses genoux et la laissait tirer sur ses favoris, au grand émerveillement des courtisans. Aujourd’hui, il aime prendre le thé avec elle, c’est un délassement presque quotidien, mais il n’aime pas qu’elle lui dise ce qu’elle pense de la pauvreté qui règne dans certains quartiers de Vienne ou des conditions lamentables des travailleurs. Un peu comme il l’a déjà fait pour moi, il lui demande de ne se mêler de rien et surtout, de ne pas lire les journaux. Pour l’instant, elle lui obéit encore comme une jeune fille bien élevée de quinze ans, mais j’imagine que Franz doit bien souvent se rappeler les conflits qui l’ont opposé à Rodolphe…

Hélène est née le 4 avril 1834, et ma plus jeune sœur Sophie est née le 22 février 1847. Elle venait à peine d’avoir cinquante ans, lors de son décès tragique dans l’incendie du Bazar de la Charité l’an dernier. Le fils d’Hélène est mort accidentellement, ce qui a plongé Hélène dans un chagrin terrible dont seule sa foi l’a sauvée, et Sophie, l’épouse de Charles-Théodore, est morte des suites de la naissance de ma nièce Amélie, deux années plus tôt. Elle ne s’en est jamais vraiment remise, s’est affaiblie de plus en plus pendant deux ans, avant de décéder. J’imagine que les médecins ne voyaient là qu’un «problème féminin» et ne s’étaient pas rendu compte qu’elle se vidait tranquillement de son sang. Les médecins et les prêtres sont de tels ânes! Quant aux enfants de Mapperl, on ne vous a pas trompée, ils sont bien trois: Siefried né en 1876, Christophe né en 1879 et Luitpold en 1890. Il n’a pas eu d’autres enfants et est décédé en 1893. Il n’avait que 42 ans. La Dame Blanche frappe vite et fort, aussi bien chez les Wittelsbach que chez les Habsbourg.

J’ai déjà longuement répondu à une question concernant ma belle-fille Stéphanie, et vous retrouverez probablement ma lettre sur Dialogus. Je vous dirai pour résumer que Stéphanie, après une période troublée bien compréhensible, vit désormais en paix et voyage presque autant que moi. N’étant plus «princesse héritière», elle ne peut plus me remplacer dans le rôle de première dame de l’Empire, mais Franz lui a accordé un nouveau rang dernièrement, qui lui permet d’assister aux fêtes et autres manifestations publiques malgré la présence d’une autre «première dame», l’archiduchesse Marie-Thérèse, épouse de Charles-Louis qui me remplace désormais lors des manifestations officielles.

Ma belle-sœur Charlotte croupit – et le mot est faible – dans le château de Bouchout en Belgique, depuis qu’un incendie l’a chassée de Tervueren en 1881. On raconte qu’elle aurait mis un fils au monde après son retour du Mexique, mais son état mental ne lui aurait jamais permis de s’en occuper. Cela m’étonnerait; ma belle-mère, qui adorait Maximilien, aurait sûrement réclamé son petit-fils si elle en avait connu l’existence. Et voilà son destin: un rêve d’ambition, de gloire et de puissance, une ambitieuse petite Cobourg qui a entraîné notre pauvre Max vers un empire chimérique et vers sa mort, et pour finir, la folie. Oh, lui disais-je l’année de leur départ, pourquoi rêver d’un trône lorsqu’on a la liberté? Pourquoi renoncer aux orchidées de Miramar?

Amicalement,

Elisabeth