D'être couronnée

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mouette

 

 

 

Bonjour,

Quel effet cela t'a-t-il fait d'être couronnée reine de Hongrie?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impératrice Sissi

 

 

 

Ma chère âme,

Mon couronnement comme reine de Hongrie a été l'un des plus beaux moments de ma vie de souveraine. Non pour la couronne elle-même, vous vous en doutez bien. Mais ce couronnement était la réussite de tous mes efforts pour amener mon époux à accorder un statut particulier à ce noble pays qu'est la Hongrie. Ce pays a fait ma conquête dès les débuts de mon mariage. Considérée comme une jolie potiche un peu sotte à Vienne, on m'appelait la «Belle Providence» en Hongrie. Quel contraste! Ce peuple chevaleresque a même refusé de profiter de la situation, lors de nos difficultés dans la guerre contre la Prusse, et m'ont reçue avec les honneurs lorsque mon époux m'a pressée de quitter Vienne devant l'avance des troupes prussiennes. J'ai donc pris ses intérêts à coeur et l'empereur a fini par accepter le Compromis que Franz Deâk et le comte Andràssy avaient mis au point: créer une monarchie bicéphale, l'Autriche-Hongrie, dans laquelle la Hongrie aurait un statut égal à celui de l'Autriche. Mon couronnement était l'achèvement de cette oeuvre, et de ce jour, la Hongrie a récupéré son autonomie perdue en 1848, tout en conservant sa fidélité à l'Empereur. Ce fut un très beau jour pour moi et depuis, je signe souvent «Erzebeth Kiràliné», ce qui signifie «la reine Élisabeth».

Bien à vous,

Erzebeth Kiràliné

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mouette

 

 

 

Je suis ravie de constater la perspicacité de tes réponses Élisabeth, mais ce que j'aimerais savoir c'est comment tu as vécu les premiers signes de la vieillesse. Je voudrais savoir quel effet cela a eu sur toi, sur les membres de ton entourage?

Comme toi je signe

La MOUETTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impératrice Sissi

 

 

 

Ma chère Mouette,

C'est très gentil de votre part de reprendre ce nom en mon honneur. Comment ai-je vécu les premiers signes de la vieillesse? Avec horreur, je l'avoue. Moi qui ai été considérée comme la plus belle femme de mon temps, j'ai refusé toute photographie dès que mes premières rides sont apparues. Je me cache plus que jamais derrière mon éventail de cuir noir ou derrière une voilette. J'ai essayé les masques de fraises, de viande crue, j'ai dormi avec des linges mouillés roulés autour de moi pour conserver ma taille... J'ai bien réussi à conserver ma ligne, en faisant mourir mon entourage de désespoir par mon refus de me nourrir, mais mon visage n'est malheureusement plus ce qu'il était, et n'accuse que trop bien ses soixante hivers...

Amicalement,

Élisabeth

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mouette

 

 

 

Merci de ta franchise.

Christomanos a célébré ta beauté même à la fin de ta vie. Il a souligné ta grâce et le feu inchangé de ton regard.

Quelle est donc cette phrase que tu lui aurais dite en vous promenant durant une journée aux heures grises et maussades?

À bientôt La MOUETTE



 





 



Impératrice Sissi


 


Si l'on veut s'accommoder de la vie, il n'y a qu'une solution: se retirer dans une île. Ce n'est que dans la solitude que les choses conservent leur beauté éternelle... 

Peut-être est-ce dans cette solitude, que j'ai recherchée toute ma vie, que j'ai pu conserver «le feu inchangé de mon regard» constaté par Christomanos, même à plus de 55 ans. Mais ne vous laissez pas abuser par les compliments dithyrambiques de ce jeune homme trop enthousiaste. Il me portait une telle vénération qu'elle confinait parfois au ridicule. Comme tous les hommes qui m'ont approchée, il avait la prétention de croire qu'il était le seul à pouvoir toucher mon âme... Nul ne le peut. Malheureusement pour lui, mes engouements ne durent qu'un moment, tant pour les êtres que pour les lieux. Devrais-je passer toute ma vie au même endroit, avec les mêmes gens, même le Paradis deviendrait un enfer pour moi... 

À bientôt.

Élisabeth