Gregory Crochet
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Des prédictions

    À vous, très chère impératrice,

Je vous admire depuis mon plus jeune âge: je vous ai découverte dans la fameuse trilogie où votre vie m'a fait rêver J'ai quasiment tout lu vous concernant. En découvrant votre vraie vie et ses malheurs, malgré ces films qui reflètent très peu la réalité de votre vie, je vous en admire autant, sinon plus. J'aimerais savoir si un jour, comme dans le film, des prédictions vous ont été faites? Que penseriez-vous si un film, fidèle à votre vie cette fois, devait être tourné et quels conseils donneriez-vous pour la réalisation d'un tel film? Que pensez-vous du film Le Crépuscule des dieux, qui, à ce qu'il me semble, rejoint davantage la réalité?


Chère âme du futur,

Concernant les films dont vous me parlez, chère âme, je me dois de vous préciser, comme je le fais régulièrement pour mes correspondants, que je vous écris directement de mon lointain XIXe siècle. Je n'ai donc pu visionner aucun de ces films, que l'on m'a toutefois abondamment décrits. D'après ce que j'en sais, la trilogie contient plusieurs inexactitudes chronologiques; par exemple, je suis allée en cure à Madère bien des années avant mon couronnement en Hongrie, et non après, comme les films vous le montrent. Également, le voyage de réconciliation en Italie (Venise et Milan) n'a pas eu lieu au retour de ma cure, mais bien des années avant. Quant à ma rencontre avec Franz, elle s'est déroulée de façon beaucoup plus formelle que la description fantaisiste qui vous en a été faite: dans le salon de ma belle-mère, tout simplement, où nous étions conviées à un thé en famille!

D'après ce que l'on a pu me dire du Crépuscule des Dieux, il semble que mon personnage y est traité de façon beaucoup plus réaliste, mais qu'on y suggère une relation physique entre moi et mon cousin Louis. Cela est absolument faux. Louis n'était pas très porté vers les femmes; les seules qui l'intéressaient étaient des actrices ayant l'âge de sa mère! Louis et moi étions liés par quelque chose de bien au-delà de «l'amour», une relation mystique de deux âmes faites pour se comprendre, de deux âmes qui se savent incapables de se plier aux contraintes des hommes. Louis était un être à part, personne en dehors de moi ne pouvait le comprendre. Et ce que les hommes ne comprennent pas, ils le nomment folie.

Non, je n'ai jamais rencontré de bohémienne qui m'aurait fait des prédictions sur ma vie. Heureusement! S'il m'avait été donné à l'avance de savoir tout ce qui m'attendait, Dieu sait ce que j'aurais pu faire pour l'éviter... peu importe d'ailleurs; la fatalité aurait fini par me rattraper, d'une façon ou d'une autre. N'est-ce pas ce que nous apprennent les tragédies grecques? Le roi Priam, le père d'Oedipe, tous ont tenté d'éliminer la cause probable de leur perte, mais n'ont pu échapper à leur destin. Les hommes croient qu'ils mènent les événements alors qu'en fait ils les subissent et sont surpris par eux.  La plupart des hommes ne veulent pas que les bandeaux du destin et de la vie soient dénoués de leurs yeux; ils croient se mettre ainsi à l'écart des périls. Mais nous ne cessons pas de vivre dans l'ombre du destin et cette ombre guette chaque goutte de lumière. Ce qui est commun à tous n'est pas l'esprit, mais le destin. Et nul ne saurait y échapper.

Sincèrement,

Élisabeth