Des points en commun
       

       
         
         

Véronique

      Ma chère impératrice,

J'ai vu dernièrement un reportage sur votre vie. Il m'a beaucoup plu! Je me suis rendue compte à la suite de celui-ci que nous avions beaucoup de points communs. Comme vous je souffre d'anorexie chronique depuis mon plus jeune âge. Je n'aime pas non plus me mélanger aux gens et j'en ai peur comme vous. J'aime la vie simple et je ne pense pas que j'aurais apprécié la vie à la cour, en tout cas ses contraintes.

Quand j'étais enfant, je me prenais également pour la reine des fées, seulement je ne m'étais pas trouvé de nom.

Je suis également une shakespearienne avertie et mon oeuvre préférée de Shakespeare est aussi «Songe d'une nuit d'été».

J'ai également pensé dans mon plus jeune âge à me suicider mais je n'en ai jamais eu le courage! J'ai aussi adoré écrire des poèmes et j'en écris encore quelquefois même si cela devient rare maintenant!

Alors vous imaginez mon étonnement quand au fil du reportage j'ai découvert que vous et moi avions énormément de points communs! J'en ai été d'autant plus ravie que j'ai toujours été en admiration de sa majesté! Et que peu de temps avant cette fameuse émission mon mari m'avait comparée à ma souveraine préférée!

Je vous laisse en espérant ne pas avoir ennnuyé mon impératrice et avoir rapidement de ses nouvelles!

Bien cordialament, votre servante,

Véronique
           
          

Impératrice Sissi 


 
Ma chère âme,

Cela peut sans doute vous sembler étrange, mais généralement je ne me réjouis pas à l'idée que quelqu'un croit me ressembler. En effet, comment pourrais-je souhaiter à quelqu'un de vivre comme moi, de se sentir comme moi, de souffrir du même mal de vivre et de cette impossibilité de trouver la paix où que ce soit, y compris en moi-même? Ma vie m'est un fardeau dont je ne souhaite charger les épaules de personne d'autre... Je ne suis toutefois jamais allée jusqu'à tenter de m'en décharger moi-même. Non par «manque de courage», comme vous le dites, car je ne considère pas le suicide comme un acte de courage, mais plutôt de démission. J'admets toutefois que cette tentation de démissionner est parfois forte. Les vagues m'interpellent souvent pendant mes voyages en mer, Achille crie parfois si fort au-dessus des flots que j'en viens à souhaiter que mon navire sombre dans la tempête. Mais le Grand Jéhovah qui gouverne toute chose a jugé que mon pèlerinage n'est pas encore terminé, et ce n'est pas à moi de Lui forcer la main.

J'espère sincèrement pour vous que votre ressemblance avec moi se limite à des caractéristiques de surface, comme le goût de la poésie et des voyages, mais que votre coeur est en paix et que votre compagnon de vie est réellement pour vous ce que Franz aurait dû être pour moi: un compagnon, un ami et un appui. Franz aurait pu être tout cela; en fait, il le fut jusqu'à un certain point. Mais notre absence de goûts communs - de ressemblances, justement - nous a empêchés de partager une véritable intimité, de même que les obligations de Cour qui se mettaient constamment entre nous. Vous avez probablement la chance de vivre une vie qui n'est pas vouée à la représentation, au «paraître», et je vous envie. Préservez votre jardin secret tant que vous le pouvez. Pour ma part, j'ai recherché l'amour longtemps, un amour qui ne devrait rien aux sens, mais chaque fois que j'ai cru trouver l'âme soeur, telle Titania, j'ai trouvé «chaude et serrée contre mon coeur, la tête d'âne »...

Amicalement,

Elisabeth