Confiance
       

       
         
         

Valérie

      Chère Sissi,

Il y a une question que je me pose: après avoir épousé Franz, étais-tu certaine de pouvoir accomplir tout ce qu'on attendait de toi? Avais-tu confiance en toi et en l'avenir?

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire ma question. J'espère recevoir bientôt ta réponse.

Valérie
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Valérie,

Vous ne serez sûrement pas surprise si je vous avoue qu'en effet, au moment de mon mariage, je n'avais guère confiance en moi. Je n'ai jamais souhaité épouser un souverain, et surtout pas le souverain d'un tel empire! Je n'avais définitivement pas été élevée ni éduquée dans ce but, et mon ignorance des règles de Cour sautait aux yeux de tous. J'étais la première consciente de mes carences, auxquelles j'essayais laborieusement de remédier. J'étais pleine de bonne volonté, mais d'une timidité maladive, j'abhorrais être dévisagée, être en perpétuelle représentation. L'atmosphère de la Cour était une atmosphère lourde, où chacun se surveillait, où chaque sourire voulait être payé de retour, où les courtisans médisaient les uns les autres. L'ironie malsaine qui règne dans ce milieu n'est guère adaptée à mon caractère. Ma première dame d'honneur, la comtesse Esterházy, essayait de m'intéresser aux potins de la Cour, dont elle se délectait, mais qui concernaient des gens que je ne connaissais pas du tout! D'ailleurs, aujourd'hui encore, je me détourne des médisants. Vous remarquerez que rares sont les gens qui s'attristent de voir que l'on dénigre leur voisin. Habituellement, ils se mettent à hurler avec la meute…

Par contre, bien que très inquiète, j'avais confiance en l'avenir. Après-tout, n'étais-je pas la Première Dame d'un vaste empire, n'avais-je pas l'amour d'un très grand souverain pour m'épauler et me protéger? J'étais loin de me douter que la véritable Première Dame, c'était l'archiduchesse Sophie, et que le grand souverain n'était devant elle qu'un petit garçon obéissant! L'archiduchesse avait probablement de bonnes intentions, mais des manières rudes, et pour elle l'apparence, le «paraître» primaient sur «l'être». Elle avait elle-même renoncé depuis tant d'années à sa propre individualité, ne se voyant que comme un instrument au service de l'État, qu'elle ne pouvait concevoir mon besoin d'être une personne avant d'être une impératrice. Le prestige impérial était si important à ses yeux, que mes besoins les plus fondamentaux paraissaient n'être que de simples caprices, des puérilités telles que mon époux lui-même me considérait finalement comme une enfant. Adorable enfant, mais à qui on ne pouvait décidément confier aucune responsabilité, et surtout pas celle d'élever les héritiers!

J'ai fini par acquérir une certaine confiance en moi, mais non pas celle que l'archiduchesse a tenté de m'inculquer. J'ai acquis la confiance nécessaire pour m'imposer, pour imposer mon mode de vie dans ce carcan rigide qu'est la Cour de Vienne, pour élever ma dernière-née à mon idée, pour arracher mon fils à un précepteur sadique. Ce n'était certes pas là ce que ma belle-mère et la Cour attendaient de moi, mais c'est ce qui m'a permis de survivre.

Amicalement,

Élisabeth