Kim et Michèle
écrit à

   


L Impératrice Sissi

     
   

Concours de beauté

    À Sa Majesté l'impératrice Sissi,

Nous aimerions savoir qui entre l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, et vous a remporté le concours de beauté en 1864. Aussi, nous aimerions que vous nous parliez de votre portrait intitulé «La rivale» de Franz Xaver Winterhaler.

Dans l'attente de votre réponse,

Kim et Michèle A.-M.



Chères jeunes amies,

Il n'y a jamais eu, à proprement parler, de «concours de beauté» entre Eugénie et moi. Ce fut surtout les membres de nos deux Cours qui se sont plu à imaginer cette rivalité. Lors de cette rencontre à Salzbourg, les courtisans viennois et parisiens ont évidemment envoyé à leurs familles de copieux comptes-rendus à l'effet que leur propre souveraine avait remporté la palme de la beauté haut la main.

Je crois pouvoir dire sans fausse modestie que mes quelques centimètres de plus (en hauteur) et mes quelques centimètres de moins (en tour de taille) m'ont donné quelques avantages sur Eugénie, esthétiquement parlant. Par contre, Eugénie possédait une aisance dans la foule, une capacité hors pair à manier la conversation de salon et une assurance que je n'ai jamais possédées. Au reste, Eugénie et moi n'éprouvions nullement l'impression d'être en compétition; une femme belle n'a généralement pas peur d'admirer la beauté d'une autre. Eugénie souriait en me disant «il n'y a rien d'aussi parfait que vous», et j'admirais de mon côté la régularité de ses traits, son sourire aux dents parfaites et le pastel charmant de son teint. Nous nous sommes même amusées à aller nous cacher dans un cabinet de toilette pour y mesurer nos jambes à l'aide d'un ruban de couturière! En fait, n'eût été des tristes circonstances dans lesquelles cette visite avait lieu — il s'agissait en fait d'une visite de condoléances suite à la mort de mon beau-frère Maximilien, dont Napoléon III était en partie responsable — ç'aurait pu être une joyeuse rencontre. Napoléon était en effet un homme charmant, qui savait à merveille détendre l'atmosphère par un mot ou un tour de prestidigitation et ranimer une soirée languissante. J'ai revu Eugénie dernièrement à Nice. C'est une vieille dame encore plus solitaire que moi, qui a perdu son mari et son fils bien-aimés, mais qui semble avoir trouvé une certaine forme de paix dans sa foi. Je l'envie.

En ce qui concerne les portraits de Herr Winterhalter, aucun des trois tableaux qu'il a faits de moi ne porte le titre de «la rivale». En fait, aucun ne porte quelque titre que ce soit, si ce n'est «l'Impératrice Élisabeth d'Autriche». Évidemment, celui où je parais vêtue d'une robe de bal vaporeuse a bien vite été titré «l'Impératrice aux étoiles» par ceux qui l'ont vu, en raison des sept étoiles de diamants qui ornent ma chevelure, mais ce n'est pas le titre «officiel» de ce tableau. Quant aux deux autres tableaux, ce sont des portraits intimes destinés au bureau et aux appartements privés de l'empereur et ne portent aucun titre. Je ne sais donc pas à quel tableau vous vous référez, pouvez-vous m'en dire davantage?

Dans l'attente de votre prochaine correspondance, qui me fait toujours plaisir,

Elisabeth




À Sa Majesté l'impératrice Sissi,

Nous avons lu cela dans un livre. On y présentait l'un de vos tableaux en indiquant qu'il avait été dressé en même temps qu'un tableau intitulé la «rivale» d'Élisabeth, sans présiser quel était ce fameux tableau.

Sincèrement,

Kim et Michèle A.-M.



Chères amies,

Vous me voyez perplexe, et dans l'impossibilité de vous éclairer davantage.

Au risque de vous paraître totalement vaniteuse, je dois dire qu'à l'époque où mes portraits ont été dressés par Monsieur Winterhalter, je ne me connaissais aucune «rivale». Ni en beauté, l'impératrice Eugénie elle-même m'avait accordé loyalement la palme, ni dans le cœur de l'Empereur. La comtesse Pòtòka était de l'histoire ancienne, Madame Nahowski n'avait pas encore fait son entrée dans sa vie et il allait s'écouler encore bien des années avant qu'il ne rencontre, à mon instigation d'ailleurs, l'Amie, Katerina Schratt. Je ne peux donc vous aider dans vos recherches sur ce tableau à moins que, par un moyen qui m'est totalement mystérieux, vous arriviez à m'en transmettre une copie dans un prochain envoi.

Amicalement,

Élisabeth