Alexandra
écrit à




L'Impératrice Sissi






Chère Demoiselle



Collège du Petit Pont, Saint-Martin-en- Haut

Le 7 Janvier 2010

Chère Demoiselle,

Je m'appelle Alexandra, j'ai treize ans et je crois que nous avons une passion en commun: l'équitation. Depuis toute petite, je monte à cheval. J'ai un assez bon niveau en obstacle mais malheureusement, j'ai fait une chute assez grave qui m'a fait peur, ce qui fait que je ne monte plus.À la suite de cette chute, j'ai eu un grave problème de dos. C'était il y a deux ans, j'étais en concours. J'ai cru comprendre que vous aussi aimez l'équitation. Êtes-vous déjà tombée? Dans l'ancien temps, comment se déroulaient les compétitions?

Une autre question, indiscrète sûrement: avez vous déjà eu une relation autre qu'avec votre mari, par exemple avec le comte hongrois Andrassi?

Amicalement,

Alexandra


Chère Alexandra,

Votre seconde question est certes très indiscrète, et j'ai bien failli vous tancer un peu, mais finalement, comme je n'ai rien à me reprocher, je ne vois pas pourquoi je n'y répondrais pas...

Non, je n'ai eu aucune relation avec aucun autre homme. J'ai toujours été fidèle à Franz, pour la simple raison que l'amour ne m'a jamais intéressée.

Je ne veux pas d'amour
Je ne veux pas de vin
Le premier fait mourir
Et le second vomir!

Un petit quatrain qui en dit long sur mon rapport à l'amour. Et c'est pourquoi mon amitié pour Andràssy m'était si précieuse, justement parce qu'elle n'était pas empoisonnée par l'amour... Le moment le plus intime que nous avons partagé a été dans une calèche fermée, lorsque nous nous sommes pour la seule fois de notre vie tenus par la main, alors qu'il me raccompagnait à la gare (aprés y avoir été invité par mon mari!). Il a ensuite écrit en plaisantant à ma lectrice, Ida: «voyez quel vieux monsieur votre ami est devenu! On lui confie désormais de belles dames à raccompagner la nuit!» Bay Middleton, mon guide dans les chasses à courre d'Irlande et d'Angleterre, était sans doute amoureux de moi, et je ne peux nier avoir eu des sentiments assez tendres pour lui, mais encore une fois mon dégoût pour «la chose» n'aurait jamais pu faire aller les choses bien loin. J'ai oublié Bay dès que j'ai cessé de m'intéresser à la chasse.

Oui, je suis déjà tombée de cheval, plus particulièrement lors d'un voyage en France, à Sassetôt-le-Mauconduit. Mon cheval a trébuché, j'ai été projetée contre un arbre et je suis restée inconsciente quelques instants. Mon entourage a eu très peur, car pendant quelques temps, je ne savais plus où j'étais, ni pourquoi j'étais en France. La nuit a été assez horrible, la tête me faisait très mal, mais même si mon mari m'écrivait des lettres désespérées pour que je ne remonte pas à cheval tout de suite, je savais très bien que c'était l'unique chose à faire. Je suis donc remontée deux jours après mon accident. Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard que ma passion pour l'équitation m'a quittée, dans les années 1880. Moi qui la veille encore ne craignait rien, je me suis mise à voir une menace dans chaque haie, dans chaque fossé. Brusquement, j'ai perdu courage. Je suis montée encore quelque temps, pour de simples promenades au Prater, mais j'ai fini par délaisser totalement l'équitation au profit de la marche. Lorsque ma sciatique me laisse tranquille, il m'arrive encore de marcher sept à huit heures sans désemparer. Je dois désormais choisir mes dames d'honneur sur leurs capacités sportives plutôt que sur leurs quartiers de noblesse, et on m'accuse d'avoir presque tué ma première dame d'honneur, Marie Festetics. Je modère donc un peu mon pas, désormais.

Amicalement,

Élisabeth