Charles-Louis
       

       
         
         

Marie

      Bonjour chère Sissi l'impératrice de l'amour,

J'ai lu dans l'une des nombreuses (supposées) biographies, que votre cousin Charles-Louis était très amoureux de vous et que vous échangiez des lettres depuis au moins un an lors de vos fiançailles. Et il paraît même que vous vous étiez envoyé des cadeaux magnifiques.

Comment se fait-il que votre cher époux na rien vu. Tous s'en sont rendus compte et ont constaté son chagrin lorsque votre époux vous a aperçus 3 jours avant sa demande... tous ont vu comment Hélène était triste, aussi, et vu votre malaise dans cette situation. Est-il sans-coeur?! Votre époque était une époque de mariages arrangés et lui qui ne voulait déplaire à sa mère, et lui donnait tout son appui au sujet de vos enfants, lui qui n'écoutait qu'elle... il a préféré rendre malheureux son frère, humilier votre soeur, vous rendre gênée et rendre sa mère furieuse devant tous... sous prétexte que monsieur a eu un coup de foudre?! Un sans-coeur parce que la seule fois où il a tenu tête à sa mère c'est pour vous marier, mais il n'a jamais eu le coeur de la confronter lorsqu'elle venait dans votre chambre pour vous prendre vos enfants...

Marie, une mère de 4 enfants qui aurait le goût d'empoisonner votre belle-mère et de donner une leçon de vie à François-Joseph...
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Marie au grand coeur,

Voilà bien la preuve que l’amour n’est qu’une chose inutile et laide, porteuse de chagrin et de désillusions. Le chagrin de Charles-Louis, celui d’Hélène, le mien dans les années qui ont suivi, ma vie gâchée... Le coup de foudre de Franz, auquel j’ai cru répondre dans la naïveté de mes quinze ans, a comme vous l’avez si bien noté, fait bien des ravages. Mais on n’envoie pas promener un Empereur d’Autriche...

Rassurez-vous toutefois en vous disant que pour Hélène et Charles-Louis, la souffrance fut de courte durée. Pour Hélène, il n’avait jamais été question d’un mariage d’amour, seul son orgueil a souffert les quelques jours que nous avons passés à Ischl. Quelques jours d’humiliation, c’est bien peu à comparer au ratage complet de toute une vie! Hélène a fini par se marier, a follement aimé son mari qui le lui rendait bien, et a eu des enfants que personne n’est venu lui arracher... hormis la mort. Je crois qu’entre elle et moi, Hélène a eu la meilleure part, bien qu’elle ait eu la douleur de perdre son mari après moins de 10 ans de mariage. Pour Charles-Louis, il s’agissait surtout d’un béguin d’adolescent, tout comme celui que j’ai éprouvé pour Franz, et qui se serait sans doutes évanoui comme un rêve devant le quotidien. Charles-Louis avait passé presque trois ans à rêver de sa petite cousine, rencontrée alors que j’allais sur mes douze ans et que lui en avait quinze. Peut-on parler d’amour? Après une correspondance – plutôt irrégulière – de près de trois ans, il avait, je crois, idéalisé sa petite cousine. Je ne sais ce que la vie nous aurait apporté, si Franz avait épousé Hélène. Il n’était probablement pas dans les plans de l’archiduchesse de me voir ensuite épouser Charles-Louis. Une bru dans cette déplorable famille ducale de Bavière, c’était bien assez! Charles-Louis aurait dû alors faire une croix sur son rêve de femme. Par la suite, il s’est marié trois fois plutôt qu’une! Son épouse, la très belle Marie-Thérèse de Bragance qu’il a épousée en 1873, me remplace dans le rôle de «Première Dame», dans les réceptions officielles.

La colère de l’archiduchesse... Elle l’a bien caché, en tous cas, jouant la grande scène de l’attendrissement, écrivant des lettres enthousiastes à ma tante de Saxe. Mais il reste que la première marque de mon entrée dans la vie de Franz a été un acte de désobéissance à sa mère. L’archiduchesse n’allait jamais l’oublier ni me le pardonner, même si je n’y étais pour rien. Je ne correspondais en rien à l’image qu’elle se faisait d’une épouse pour son fils, ni d’une impératrice pour l’Autriche. Elle s’est mise dans l’idée de «m’éduquer» et, si l’intention était bonne, la manière était rude. Franz, qui était soumis à sa mère au-delà de toute expression, mais qui était aussi sincèrement persuadé qu’elle ne cherchait qu’à nous aider, ne m’était d’aucun secours devant ce «dressage». Lorsqu’il a enfin eu le courage de la confronter, il était déjà trop tard. Ma petite Sophie est morte peu après m’avoir été rendue, me persuadant à tout jamais de mon incompétence de mère. L’archiduchesse n’a pas eu un mot de reproche, mais son regard voulait tout dire. Coupable. Coupable d’avoir désobéi. Franz lui-même a perdu toute confiance en mes capacités de mère, et j’ai dû lutter de pied ferme lorsque Rodolphe a eu six ans, pour le persuader que le colonel Gondrecourt était en train de détruire son héritier, son bien le plus précieux. Il lui fallut encore une fois entrer sur le terrain privé de sa mère et pour une fois, mes capacités d’éducatrices ont triomphé de celles de ma belle-mère. Mais à quel prix. Notre amour, mon amour, si fragile à sa base, s’est étiolé et n’a pas survécu à ces luttes.

Sans doute aurait-il été préférable qu’il épouse Hélène. Elle était parfaite pour ce rôle, et se serait fort bien entendue avec l’archiduchesse. Mais le cyclone de l’amour est venu tout balayer, et n’a laissé derrière lui que des ruines.

Amicalement,

Elisabeth