Capucine
écrit à




L'Impératrice Sissi






Changer la vie



Votre Majesté,

Je suis élève de Quatrième au Collège de Beaucamps-Ligny, dans le Nord de la France, et je vous écris dans le cadre d’un travail de français. Je vous ai choisie car j’ai beaucoup d’admiration pour vous. Je vous estime au plus haut point, vous êtes pour moi un modèle. Auriez-vous l’obligeance de répondre aux quelques questions que voici?

Je me suis renseignée sur votre vie et tout le monde n’est pas d’accord sur le fait que vous auriez éventuellement vécu en Grèce pour vous soigner de cette terrible maladie qui vous gagne et par la même occasion vous éloigne de Vienne. Est-ce donc le cas? D’autre part, lors de votre couronnement en 1867, qui vous a remis ce sacrement? Avez-vous rencontré le Roi Louis XVIII?

Je vous remercie d’avance du temps que vous accorderez à cette missive et vous prie de recevoir, Votre Majesté, mes plus sincères salutations,

Capucine


Chère Capucine,

Il n'est pas faux de parler d'un séjour en Grèce, plus particulièrement à Corfou, en 1861, pour soigner la maladie qui a failli m'emporter. Plus tard, il devint évident, tant pour moi que pour mes médecins, qu'il s'agissait davantage d'un mal de l'âme que d'une maladie des poumons, puisque j'ai commencé à me rétablir dès que le navire a quitté les côtes...

Mon premier séjour a d'abord été à Madère, où j'ai passé près de six mois. Sur le chemin du retour vers Vienne, je m'y suis brièvement arrêtée, mais comme Franz venait à ma rencontre, je n'ai pu m'y attarder et visiter l'île comme je l'aurais voulu. Quelques semaines plus tard, lorsque la maladie récidivant m'obligea à nouveau de m'éloigner de Vienne, et comme les médecins ne me laissaient plus espérer que quelques semaines de vie, j'ai demandé à retourner sur cette île que j'avais admirée. J'y suis retournée plus de vingt ans plus tard et suis de nouveau tombée amoureuse de la baie de Gastouri. J'ai voulu y construire l'Achilléion, j'ai même pensé m'y retirer pour toujours, puis j'ai réalisé que cette maison n'était qu'une nouvelle chaîne que je m'étais forgée moi-même. L'Achilléion est à l'abandon depuis bientôt deux ans et je cherche un acheteur.

Pour le couronnement en Hongrie, comme il s'agit essentiellement d'une cérémonie religieuse, c'est le primat de Hongrie qui a officié avec tous les évêques du pays. Cependant, la couronne doit être déposée sur la tête du souverain -et sur l'épaule droite de la reine, ce qui fut le cas pour moi- par le palatin de Hongrie. Or, le dernier palatin était l'archiduc Étienne-Victor, mort en exil en France pour avoir supporté les prétentions des Hongrois en 1848. Le comte Andràssy fut donc nommé suppléant du palatin pour le couronnement.

Finalement, chère enfant, je n'ai jamais rencontré le roi Louis XVIII, pour la bonne raison qu'il est décédé en 1824 et que je suis née en 1837! Les souverains de France que j'ai connus étaient l'Empereur Napoléon III et son épouse Eugénie, qui est devenue une amie. J'aime bien faire quelques pas avec elle lorsque je voyage sur la Riviera Français, où elle réside sous le nom de comtesse de Pierrefonds. Une femme qui a eu bien des malheurs, comme moi, mais que j'envie car elle a trouvé un certain réconfort dans sa foi.

Sincèrement,

Elisabeth