C'est trop
       

       
         
         

Eve

      Bonjour chère Sissi,

Tout d'abord je tiens à dire que je vous estime beaucoup et si j'arrive à devenir aussi forte que vous, j'en serais heureuse! Toutefois, je trouve que vous vous plaignez beaucoup! Peut-être que votre vie n'a pas toujours été rose mais quand même, je pense que c'est trop! Des millions de gens souffrent à chaque seconde et on m'a dit il y a quelques temps que nous n'avons aucun droit de nous plaindre en sachant que tant de monde souffre! Je sais que François-Joseph n'était pas le mari idéal ni la vie d'impératrice amusante mais quand même!
Je vous demande d'y réfléchir et de me faire parvenir vos conclusions.
Merci d'avance,
Eve
         
         

Impératrice Sissi

      Chère amie,

Je ne sais que vous répondre. Certes, il y a bien des malheurs dans le monde; la vie est une vilaine chose où rien n'est certain que la mort. Mais il n'est malheureusement pas en mon pouvoir de soulager toutes les misères du monde. Je tente de faire ma part, mais sans ostentation. Je laisse la célébrité à Pauline Metternich, qui aime présider les assemblées de bienfaisance et les comités de la Croix-Rouge, et je tente de soulager des malheureux que je rencontre, d'une façon strictement personnelle. J'adore entrer dans d'humbles masures, sans être vue, et laisser quelques pièces d'or sur la table; j'aime visiter les hôpitaux sans être annoncée à l'avance, j'ai même demandé à mon époux un asile d'aliénés tout installé, pour que certains malheureux puissent être traités plus décemment. Il a trouvé mon idée extravagante...

Je sais qu'il y a bien des malheurs pires que les miens, mais voudriez-vous pour autant que je mente, lorsqu'on m'interroge? Lorsqu'on me demande ce que j'ai ressenti devant le rapt de mes enfants à l'intérieur de la Hofburg, à la mort de Sophie, à la mort de Rodolphe? Que répondre lorsqu'on m'interroge sur ma santé chancelante, lorsqu'on se demande comment était ma vie à l'intérieur de la Kerkerburg, le palais-cachot... Que répondre? J'ai réussi à trouver une certaine sérénité dans la fuite, la mort me libérera sans doute bientôt, et le monde entier, à commencer par ma fille Valérie et mon pauvre époux si éprouvé, cesseront enfin d'entendre mes plaintes...

Sincèrement,
Elisabeth