Celebrities and loneliness
       

       
         
         

Maximilian J. Reuter

      Dear Empress,

Are you sure you would like to live in our time?

Certainly, Paul Morand has written that «elle s'est trompée de siècle comme on se trompe de porte», but have you considered the media pressure on celebrities?

In your time you were the «Lonely Empress», but in our time an «eccentric» (I beg your pardon) royalty wandering all over the world could not put a step forward without a tail of paparazzi and the like behind her.

You of course know the life, vicissitude and death of a famous Princess, but she at least loved to appear in public, you did not.

On the other hand you could have your privacy (a much used and abused term in our time), if you were «nobody».

But would you really accept to be «nobody», a totally common woman, maybe even, in an era of artificial beauty, a not so glamourous woman?

Thank you

Maximilian J. Reuter
          
          

Impératrice Sissi 


 
Dear friend,

First of all, please forgive me if I answer your letter in French. Most of Dialogus users are French-speaking, and I would like all of them to understand our purposes.

Permettez-moi également de m'excuser pour mon très long délai à vous répondre. Malheureusement, ma secrétaire qui ne comprend pas l'anglais avait mis votre lettre de côté «en attendant» et l'y avait complètement oubliée! Je n'ai donc eu vent de votre missive que tout récemment et j'en suis vraiment confuse.

Pour répondre à votre question, je vous dirais qu'en effet, à force d'entendre parler de la violence qui règne à votre époque, je ne suis pas certaine que j'aimerais vivre dans votre siècle. Toute médaille a son revers. Les bienfaits de la modernité sur la condition des femmes, des ouvriers et pour les affirmations nationales sont indéniables, mais le prix à payer semble très élevé. Moi qui ne souhaite que la liberté et la tranquillité, je ne supporterais définitivement pas d'être constamment poursuivie par ce que vous appelez des «paparazzi»! Toutefois, je crois que nombre de mes agissements jugés excentriques à mon époque - comme aller faire des courses sur le Graben, parler aux passants, avoir une baignoire (!) - sembleraient tous naturels à votre époque, et ne déclencheraient probablement pas d'aussi fortes réactions que celles que j'ai eues à essuyer! Ce n'est que tout récemment que l'on m'a parlé de la princesse Diana et de son destin tragique. Cette princesse me ressemblait beaucoup, il me semble. J'ai fort heureusement un léger avantage sur elle: à mon époque, l'installation d'un appareil photographique prend tellement de temps que j'ai vite fait de repérer l'importun et de sortir mon attirail: mon éventail et mon ombrelle. L'amateur de clichés en est pour ses frais...

D'autre part, il me semble qu'il n'est pas nécessaire d'être «nobody», d'être anonyme pour qu'on vous laisse vivre en paix. Les souverains de Suède, de Danemark, de Portugal ou de Belgique ont toujours pu, même à votre époque je crois, vivre leur vie personnelle dans une certaine intimité. L 'Impératrice Eugénie, qui avait elle aussi une réputation de grande beauté, n'a jamais été poursuivie comme je le fus, et au moins, aucune belle-mère n'a gâché son premier contact avec la Cour! Elle a été l'Impératrice, la seule, incontestée dès son premier jour à Paris. Peut-être aurais-je mieux supporté, et même dans une certaine mesure apprécié mon rôle de représentation si, dès les premiers jours, on m'avait traitée en souveraine régnante et non en gamine récalcitrante, en jolie potiche qui doit absolument se garder d'avoir la moindre idée. Mais jusqu'à sa mort, c'est l'archiduchesse Sophie que les courtisans ont appelée «Unsere Kaiserin», notre impératrice, m'empêchant ainsi d'intégrer pleinement mon rôle et d'en reconnaître l'utilité. Je voulais simplement être moi-même, remplir mon rôle avec chaleur et amour, mais la Cour d'Autriche est la plus rigide qui soit; le paraître y est bien plus important que l'être. Le naturel, le simple disparaissaient sous cette pression. J'ai bien tenté d'en assouplir les règles, mais c'est moi qui m'y suis brisée. Il aurait suffi de si peu, pourtant...

Sincèrement,

Elisabeth