Judit Weisz
écrit à




L'Impératrice Sissi






Budapest



Vous aimez vous promener dans les rues de Budapest: pourquoi?

Judit


Chère Judit,

J’aimais Budapest, sa colline, son château, mais j’avoue que j’ai toujours préféré la nature et que Gödölö a été pour moi un séjour bien plus habituel que le palais de Buda.

J’ai toujours aimé le contact direct avec les gens, quand ils ne me reconnaissent pas et ne manquent pas de m’étouffer en foule dans leur enthousiasme, comme cela m’est arrivé bien souvent!  Au début de mon mariage, j’ai bien essayé de m’aventurer dans les rues de Vienne, visitant les boutiques du Graben comme n’importe qui, mais ma belle-mère, appuyée par Franz, m’a bien fait comprendre que ma place était confinée à la Hofburg –la Kerkerbug, le palais -cachot– ou, au mieux, dans mes promenades à cheval au Prater. Prisonnière, voilà ce que je devais être à Vienne.

Mes premiers contacts avec Budapest ont donc été un choc pour moi. Je pouvais circuler sans être constamment surveillée par une dame d’honneur à la solde de l’archiduchesse, les gens sentaient que j’aimais vraiment leur peuple et m’étaient reconnaissants, et de cet amour entre la Hongrie et moi est né le compromis de 1867, qui a fini par faire de ce pays une grande nation.

Voilà pourquoi j’aime me promener à Budapest. Tout m’y rappelle ces années passionnées et fébriles, où je luttais farouchement pour les droits des Magyars, où l’amour entre un peuple et sa souveraine n’était plus un vain mot. J’aime la Hongrie; elle est devenue durant les années 1870 ma seconde patrie, j’ai adopté sa langue et l’ai faite mienne, plus encore que ma langue maternelle. En 1896 encore, les Hongrois ont su m’émouvoir durant les fêtes du Millénaire et c’est encore dans ce pays que je préfère me retirer entre deux voyages, même si je fréquente encore Vienne, de loin en loin, pour faire plaisir à mon petit homme si solitaire.

Amicalement,

Élisabeth