Marie
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Boulot d'impératrice

    Chère Sissi,

J'aimerais en savoir plus sur ce qu'est le boulot d'impératrice. Merci à vous de me répondre.

Marie



Le «boulot» d'impératrice? Si seulement il avait été question d'un véritable travail, chère enfant, peut-être aurais-je pu y trouver une quelconque utilité? Peut-être aurais-je trouvé le moyen d'y voir quelque chose de valorisant, d'utile, et me serais-je appliquée à le faire avec autant de rigueur que mon époux? Après tout, le sentiment du devoir accompli et du travail bien fait peut rendre heureux; un «travail» ne génère pas que des contraintes...

En ce qui me concerne, je ne vois que des contraintes dans ce «boulot», rien d'utile, ni de valorisant. Dès les premiers jours de mon mariage, la chancellerie a eu pour consigne d'intercepter toutes les demandes d'aide qui m'étaient adressées et d'y répondre~: «Sa Majesté l'Impératrice n'use d'aucune influence». Dans ces conditions, quel pouvait donc être mon «travail»? Sourire, rester debout ou assise comme une statue durant les bals ou autres réceptions officielles, glisser quelques paroles oiseuses à tel diplomate ou telle comtesse, qui ne pouvaient me répondre que par «Oui Majesté» ou «Non Majesté». Un véritable éteignoir pour l'esprit! J'ai bien cru en devenir folle! Les seuls moments où je me suis vraiment sentie utile, c'est durant les plus grands malheurs de l'Autriche: durant la guerre d'Italie, celle du Schleswig-Holstein ou celle contre la Prusse. Durant ces durs moments j'étais là, visitant les hôpitaux, veillant les malades ou les blessés, tenant la main de tel Bohémien qu'on devait amputer ou de tel jeune homme — presque un jeune homme — qui se mourait en appelant interminablement sa mère... Veiller sur la sécurité de l'Empereur durant un dangereux voyage à Trieste ou l'assister de mon mieux durant le premier choc à l'annonce de la mort de notre fils Rodolphe. Et préserver notre présence en Hongrie en m'attachant à cette nation, non par principe politique, mais par un appel du cœur quasi mystique.

Voilà en quelques mots le «boulot» d'impératrice tel que je l'ai vécu, tel qu'on me l'a présenté. Un rôle de pure représentation, où je devais simplement jeter mon charme et ma beauté au visage des visiteurs, en parlant le moins possible et en pensant bien moins encore. On n'a jamais su me faire aimer ce rôle, et je me suis soustraite à ces pénibles contraintes dès que je l'ai pu. L'épouse de Rodolphe m'a remplacée avec délectation dans ce rôle de poupée mécanique taillé sur mesure pour elle pendant presque huit ans. C'est maintenant la charmante Marie-Thérèse, l'épouse de mon beau-frère Charles-Louis, qui remplit officiellement les fonctions de Première Dame en mon absence. Un «boulot» qu'elle assume et remplit à la perfection et sans ostentation. Une grande dame.

Sincèrement,

Élisabeth