Aviez-vous un rêve?
       

       
         
         

Alexia

      Nexon, le 29 Janvier 2004

Votre Majesté,

Je vous écris cette lettre pour faire plus ample connaissance avec vous. Tout d'abord, je vais me présenter, je m'appelle Alexia et j'ai 13 ans, je suis en classe de 4e. J'habite dans un petit village à une trentaine de kilomètres de Limoges en Haute-Vienne.

Si je vous ai choisie pour vous écrire, c'est surtout pour votre passion pour les chevaux. Je sais que vous montiez à en avoir les mains en sang à cause des rênes (jusqu'à 6 ou 7 heures par jour). Votre vie m'a beaucoup touchée, tout d'abord parce que vous étiez Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie. Après, il y a eu le décès de votre fils Rodolphe en 1889, ainsi que tous les voyages que vous avez faits loin de votre famille, de votre maison et de vos amis.

Pour faire ma recherche sur vous, j'ai consulté des encyclopédies et Internet. J'ai découvert que vous aimiez le plein air et le sport, par contre vous trouviez que les potins sont des désagréments de la vie impériale. 

Puis-je vous poser des questions?

Aviez-vous un rêve quand vous étiez plus jeune? Quelle vie meniez-vous avant d'être Impératrice? Avez-vous aimé votre vie? 

Je vais enfin vous laisser. Affectueusement. 

Alexia
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Alexia,

Vous savez déjà beaucoup de choses sur moi! Même la nationalité de mon assassin! Ainsi, je mourrai assassinée? Comme vous le savez peut-être, je vous écris, bien vivante, depuis l'année 1898 et la Dame Blanche n'est pas encore passée. Si je dois mourir de la main d'un assassin, eh bien qu'il en soit ainsi, je mourrai comme le veut ma destinée et je n'y puis rien changer. Je mourrai loin des miens, ils auront moins de chagrin, et mon âme s'envolera, comme une mouette, par une petite ouverture du coeur...

J'avais évidemment des rêves, comme tout le monde. Je rêvais d'amour, de liberté... Mais les rêves sont si peu formés à quinze ans! On rêve que la vie durera toujours telle qu'elle est à ce moment-là: le galop du cheval qui vous emporte jusqu'aux confins du parc, le lac qui reflète les Alpes à l'infini, le petit cahier rouge qui reçoit vos premières confidences... Et puis vient la réalité et le tourbillon qui vous emporte, bien malgré vous! En quelques heures, vous voilà examinée, préférée et fiancée! Je n'étais encore qu'une enfant et en quelques heures, je devais entrer dans mon rôle de plus enviée des fiancées d'Europe, demain une puissante impératrice. La transition a été trop courte, le choc a été trop fort.

Je n'ai pas aimé ma vie d'impératrice, ma chère enfant. Tout au plus ai-je apprécié ce que mon rang et ma fortune me permettaient de faire, et qui m'auraient été inaccessibles autrement: les chasses à courre en Angleterre et en Irlande, les voyages, posséder mon propre yacht pour sillonner l'Adriatique, avoir tous les professeurs que je désirais pour apprendre le hongrois, le grec, l'escrime, l’équitation de haute école... Mais ma vie de représentations, je l'ai fuie dès que j'ai pu. J'avais horreur de ces regards qui m'écorchaient vive, de ces conversations insipides, des regards glacés des dames d'honneur pour qui seuls importent le rang et la position sociale... Dès les premières semaines, j'ai surnommé le palais de la Hofburg «la Kerkerburg», le palais-cachot. C'est tout dire. On croit parfois que les dorures et le clinquant peuvent faire oublier la liberté, le plaisir simple de se plonger dans un lac, l'agrément d'une promenade solitaire sous les arbres. C'est faux. «Remplis tes poumons d'air, ma fille, respire à fond, sens la nature» disait mon père, lorsque nous nous promenions en forêt. Le conseil me paraissait superflu alors. Je ne savais pas encore qu'un jour l'air viendrait à me manquer...

Sincèrement,

Elisabeth