Flore
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Autre époux?

    Votre Majesté,

Je suis contente de vous revoir. Si vous aviez été libre de choisir votre époux, auriez-vous choisi Franz?

Amicalement, Flore



Chère Flore,

Je suis étonnée de voir à quel point cette question, sous une forme ou une autre, revient souvent sous la plume de mes correspondantes depuis quelques semaines...

Choisir un autre époux... Je n'ai jamais eu l'occasion de me poser la question, chère amie. A quinze ans, que sait-on de l'amour, de la vie à deux, des compromis qu'il faut faire, des sacrifices qu'il faut s'imposer pour réussir un mariage? Il est certain qu'à quinze ans, tout ce que j'aurais voulu, c'est que Franz ne soit pas empereur. Ainsi, l'amour qui l'avait submergé et qui fleurissait timidement en moi aurait-il pu s'épanouir pleinement. Mais je dois vous confesser que quelques mois avant la rencontre d'Ischl, j'avais eu un sentiment très profond pour le jeune comte Richard S. (je tairai son patronyme puisque des membres de sa famille sont toujours vivants), que j'avais rencontré lors de mes débuts à Munich l'hiver précédent. Ma famille ne le jugeait pas suffisamment bien «né» pour s'unir à une duchesse, fut-elle duchesse en Bavière et non duchesse de Bavière, puisque nous avions tout de même rang d'Altesses Royales. Le comte a donc été envoyé en mission au loin et est revenu malade. Il est décédé environ deux mois avant la fameuse rencontre d'Ischl. Les yeux encore humides des larmes versées sur mon amour perdu, on me demandait si je croyais pouvoir aimer l'empereur! J'avoue avoir écrit des poèmes de regrets sur cet amour perdu, en pleine lune de miel avec Franz. Oui, si j'avais eu à choisir moi-même mon époux, sans doute à cette époque-là aurais-je choisi le comte. Mais qui sait si cet amour, lui aussi idéalisé par l'esprit romanesque d'une jeune fille de quinze ans, aurait résisté aux aléas de la vie conjugale?

Comme le disais si bien la princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV, «les mariages sont écrits au ciel», et le mien, malgré toutes les épreuves et les désillusions apportées par les années, n'a pas été plus désastreux que nombre de mariages royaux de mon époque. Même si mon amour n'a pu résister aux déceptions, la confiance et une immense tendresse demeure entrent moi et Franz, et c'est déjà beaucoup plus que ce que vivent nombre de «têtes couronnées» que je connais.

Amicalement,

Élisabeth