Hounaïda
écrit à




L'Impératrice Sissi






Auprès de qui avez-vous cherché du réconfort?



Chère Elisabeth,

Je m’appelle Hounaïda et j’ai choisi de vous écrire car je trouve votre vie très intéressante.

Vous avez traversé des moments très douloureux, je pense notamment aux morts successives de votre fille, de votre cousin, de votre père, de votre fils, d’un de vos amis, de votre sœur et de votre mère. Ce doit être vraiment horrible. J’aimerais savoir auprès de qui vous avez essayé de trouver un peu de réconfort après ces terribles événements. Avez-vous essayé d’en parler à un médecin?

Je vous remercie de prendre le temps de lire ma lettre et de répondre à ma question.

Hounaïda, élève de quatrième au collège Michelet

Chère Hounaïda,

Lors de la perte de ma petite fille Sophie, je n’ai guère eu droit à quelque réconfort que ce soit. La cour, et plus particulièrement ma belle-mère, me jugeaient tout bonnement responsable de ce malheur, puisque j’avais insisté pour amener ma fille avec moi lors de notre voyage en Hongrie. Il m’a fallu beaucoup de temps pour que je finisse par accepter que cela serait arrivé tout de même, en Hongrie ou à Vienne, que ma fille était malade depuis longtemps et que seule l’incapacité de ces ânes bâtés de médecins était responsable de son décès. Franz avait son travail, ses devoirs comme exutoires à sa peine, et il ne m’a pas été d’un grand secours très longtemps. C’est principalement de ma mère qu’est venu le réconfort, mais ce n’était pas assez. Toutes les tensions autour de l’éducation de mes enfants, de ma vie à la Cour, à laquelle je ne m’habituais pas, ont fini par me rendre malade. Ce n’est qu’à mon retour de voyage, en 1860, que j’ai vraiment fini par reprendre le dessus. Mais une mère ne se console jamais vraiment de la perte d’un enfant, peu importe le nombre d’années qui passent. À mon époque, il n’est guère courant de parler de ses chagrins à un médecin, chère enfant. Tout ce qu’ils auraient pu me conseiller, c’est d’en avoir un autre au plus vite, pour remplacer celui que j’avais perdu. C’est dire à quel point ils ne comprennent rien. Et malheureusement, monsieur Freud n’a ouvert son cabinet que tout récemment, sur la Ringstrasse… trop tard pour moi.

À la mort de mon cousin Louis II de Bavière, j’avais heureusement près de moi ma fille préférée, ma chérie, Valérie. Ma Valérie, ainsi que plus tard la poésie, m’ont aidée à évacuer mon chagrin. Le choc avait été très fort, j’étais très attachée à mon cousin, cette âme si semblable à la mienne, mon reflet. Ce n’était pas seulement sa mort, mais les circonstances de cette mort atroce qui m’ont terriblement affectée. Lorsqu’il se met à détruire, le Grand Jéhovah peut être terrible comme la tempête. Mais je me suis pliée à Ses desseins, et c’est ainsi que j’ai pu survivre au départ de mon Aigle des Montagnes.

Quant à la mort de mon fils Rodolphe, j’ai encore du mal, près de dix années plus tard, à en parler. Je porte un deuil éternel, j’ai donné toutes mes robes de couleurs et mes bijoux, mon vêtement est désormais le reflet de mon âme. L’amie, Catherine Schratt, a été d’un grand réconfort durant les jours qui ont suivi le décès de mon fils. Ce fut pour moi un soulagement de la voir entourer mon époux de ses soins attentionnés, de soins que je ne pouvais lui apporter moi-même, confinée que j’étais dans mon chagrin. Seules la mer, les vagues écumantes ont su m’apporter par la suite un peu de paix. Je me fais attacher au mât de mon navire durant les tempêtes, non par peur d’être emportée par une vague, mais comme Ulysse, justement pour résister à la tentation de me fondre dans les flots et de devenir moi-même une vague écumante.

Amicalement,

Élisabeth