Martin
écrit à




L'Impératrice Sissi






À sa majesté



Bonjour Majesté,

Je voulais vous dire que moi, j'ai eu le sentiment de vous connaître. Peut-être à votre époque étais-je membre de votre famille? J'aimerais donc savoir qui j'aurais pu être.

Ma vie d'aujourd'hui en 2010 est sans contraintes car je suis de la communauté des gens du voyage. Même à l'époque où je vis nous sommes ignorés du monde et je voulais vous dire que nous aussi, dans notre très grande famille, nous avons eu beaucoup de deuils et avons perdu beaucoup de personnes très chères à nos yeux. Donnez-moi seulement un mot pour vivre avec de tels deuils afin de recommencer à vivre.

Votre personnalité me touche énormément. Pour moi vous resterez une grande souveraine pour les gens comme nous.

À bientôt Majesté.


Cher Martin,

Les gens du voyage... Combien de fois vous ai-je enviés pour cette vie libre, sans attaches et sans contraintes! Même les deuils m'auraient semblé plus supportables si je n'avais pas eu à les vivre dans cette atmosphère confinée de la cour de Vienne! J'essaie autant que je peux de fuir cette ville que j'exècre; mais je ne puis le faire comme je le voudrais, je suis bien forcée d'y revenir de temps à autre pour mon mari, pour ma fille, pour Erzi...

Les deuils sont ce qu'il y a de plus difficile à traverser, chère âme du futur. Sans le soutien du grand Jéhovah, sans la présence aimante de mon époux et de ma chère fille Valérie, je ne sais comment j'aurais pu y survivre. J'y survis pourtant, ne voulant pas ajouter à la douleur de mes chéris de Vienne. Mon mari est l'être au monde que je souhaite le moins chagriner: je sais à quel point je suis importante pour lui, et il l'est également pour moi. Alors même si mon cœur est brisé et qu'il me semble que mon âme sombre parfois dans le noir, je m'efforce de me trouver des buts et de continuer à marcher, sachant que je ne suis pas maîtresse du temps qui m'est imparti et que j'ai peut-être encore un rôle à remplir en cette vie.

Que le grand Jéhovah déploie ses ailes protectrices sur vous, cher Martin, et qu'il apporte sinon la joie, du moins la paix dans votre cœur et dans votre âme.

Sincèrement,


Élisabeth