Léo Gantelet
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

À propos de vos exploits équestres

    Chère Souveraine,

Voilà, je suis écrivain et je suis chargé par un éditeur d'écrire une trentaine de textes sur des chevaux et cavaliers illustres ou légendaires. Je sais depuis toujours que vous fûtes une écuyère de haut vol; c'est pourquoi je me suis permis de consacrer l'une de mes pages à vos exploits équestres.

Vous trouverez en fichier joint, le projet de texte en question. Et ma demande est toute simple: pourriez-vous, Majesté, me dire si ce que j'ai écrit est pure vérité ou bien tissu de mensonges, et dans ce dernier cas, me faire connaître ce qu'il y a lieu de rectifier; mais aussi, autant que faire se peut, me glisser quelque autre anecdote se rapportant à vos impériales activités d'équitation.

Voilà, Chère Souveraine, le simple objet de ma demande. J'ose espérer que vous y accéderez sans déplaisir. Je reste quoi qu'il arrive, votre admiratif et dévoué sujet et vous adresse par avance mes remerciements empressés.

Léo Gantelet



Cher Monsieur Gantelet,

Je ne puis qu'acquiescer à une demande formulée avec autant de courtoisie. C'est donc avec un réel plaisir que je me suis penchée sur votre texte, lequel, je vous rassure immédiatement, reflète la plus stricte vérité. A une petite réserve près...

S'il est exact que mon désintérêt pour l'équitation a coïncidé avec le mariage de Bay Middleton, il ne faut pas voir là un rapport de cause à effet. J'ai connu une autre saison de chasse à courre en Angleterre après le mariage de Bay, qui fut à cette occasion remplacé par un autre «pilote». Et si j'ai écourté cette saison de chasse, ce ne fut pas à cause d'une vague déception sentimentale, mais plutôt parce que soudainement, le courage a commencé à me manquer. Et s'il faut y voir une conséquence de l'absence de Bay, c'est surtout à cause du courage qu'il savait m'insuffler, ce que son successeur —fort sympathique au demeurant — n'a pas su faire. Bay savait m'encourager, me pousser au bout de mes limites, et son réel brio à cheval me poussait à vouloir le surpasser alors que son successeur montait beaucoup plus sagement. Moi qui, la veille encore, n'éprouvais aucune crainte, voilà que je me suis mise à voir une menace derrière chaque haie, dans chaque fossé. Curieux, n'est ce pas, que cette crainte ne m'ait pas plutôt saisie lors de ma chute en Normandie? À cette époque, bien au contraire et malgré les supplications de mon mari, je suis remontée à cheval aussitôt rétablie. Psychologiquement, c'était la seule chose à faire, et je voulais prouver au monde que ce n'était pas cette rosse qui aurait raison de mon courage.

Je conserve un excellent souvenir des leçons de haute école que j'ai prises avec des cavalières émérites, Élisa Petzold (que l'on appelait à tort Élisa Renz car elle travaillait pour le cirque Renz), et Émilie Loisset. Comme on ne prête qu'aux riches, on vite supposé que j'entretenais avec Élisa, à qui j'ai offert un cheval nommé Lord Byron, des rapports inavouables... Les clabaudages ont pris de telles proportions que j'ai dû certifier à mon époux qu'Élisa était très convenable. Grâce à elle, j'ai appris à faire s'agenouiller le cheval que je montais, à le faire passer à travers deux cerceaux et même à lui faire faire quelques pas de danse! L'épouse de l'ambassadeur de Belgique se lamentait que je ne vivais que pour mon cheval et que ce serait une bénédiction si je pouvais me casser un bras de façon à ne pouvoir le raccommoder... Charmante dame...

En terminant, si je puis me permettre une petite suggestion, vous pourriez faire terminer votre avant-dernier paragraphe sur un petit mot d'esprit. «De fait, en peu de temps, elle fut remise sur pied... et en selle!»

Je vous souhaite tout le succès possible dans votre projet. Si nous n'étions séparés par un siècle, j'aurais grand plaisir à vous faire admirer ma galerie équestre, où j'ai rassemblé les portraits de mes chevaux préférés et que je fais visiter à tous ceux qui partagent mon amour de ce noble animal.

Amicalement,

Élisabeth