Lisi
écrit à




L'Impératrice Sissi






Après la dynastie Habsbourg?



Ma très chère Sissi,

Je t'écris car une question me trotte dans la tête depuis un petit moment déjà. Le jour où la dynastie des Habsbourg va s'effondrer, vas-tu rester en Autriche? Sinon, as-tu déjà une idée de l'endroit où tu iras vivre?

Pour le reste, j'espère que tout va bien pour toi en ce moment. Je pense tous les jours à toi, je lis ta vie à travers les livres qui te sont dédiés, notamment celui d'Irma ta dame de compagnie. Tu es un modèle pour moi. Moi aussi je me sens incomprise, aussi bien par ma famille que par les gens qui m'entourent. Alors, dans ces moments, je pense à toi, ma chère mouette, toi que j'aime tant et que j'aurais tellement aimé rencontrer. Je pense que l'on se serait très bien comprises. Comme toi, j'aime la nature, monter à cheval, les animaux, écrire, voyager et surtout, j'aime ma liberté. Je m'appelle Émilie, mais mes amis m'appellent Lisi (je sais que tu utilisais ce diminutif parfois). Alors, à défaut de pouvoir te rencontrer, j'espère que tu me répondras bien vite.

Je t'embrasse très très fort, mon ange bavarois. Et surtout, ne baisse jamais les bras, quoi qu'il arrive.

Lisi



Chère Lisi,

Je ne crois pas que la dynastie des Habsbourgs va s'effondrer tant que mon époux est en vie. Le respect qu'il inspire tellement à ses peuples retient ensemble les éléments si disparates d'un tel empire. Il faut entendre les Viennois lorsqu'ils voient la lumière apparaître à la fenêtre de son bureau de la Hofburg, parfois dès quatre heures du matin. «Notre empereur travaille», murmurent-ils avec admiration... S'il meurt avant moi -ce que je crains par-dessus tout, je ne veux pas lui survivre!- une grande partie de ma fortune est d'ores et déjà transférée en Suisse, sur une série de comptes aux noms fictifs. Même Franz ignore cela, et j'espère de tout cœur, pour lui, que nous n'aurons pas besoin de cette «police d'assurance» que je me suis créée. Depuis des années, l'Europe est mon pays, je voyage tellement que je n'ai plus vraiment de frontières; je crois que j'arriverais à me trouver à l'aise partout. L'important pour moi est de ne pas rester trop longtemps au même endroit. Si je devais rester quelque part sans jamais pouvoir en repartir, le Paradis lui-même me deviendrait un enfer!

Sincèrement,

Élisabeth