Prérana
écrit à




L'Impératrice Sissi






Apprentissage du métier d'impératrice



Bonjour Votre Majesté,

Je m'appelle Prérana Alary, j'ai dix-huit ans. J'aimerais que vous m'appreniez le métier d'Impératrice.

Au plaisir de vous lire bientôt.
 
Prérana


Chère Prérana,

Malgré tous les efforts de ma belle-mère, je n’ai jamais appris convenablement le métier d’impératrice. C’était au-delà de mes forces. En fait, ma belle-mère n’a pas vraiment essayé de me «former», elle a plutôt essayé de me «dresser». Nuance.

Lorsque j’ai épousé Franz, je savais que je me dirigeais vers un mode de vie totalement différent de celui que j’avais connu. Je savais que je ne m’appartiendrais plus, que ma vie serait désormais remplie d’une kyrielle de devoirs et d’obligations. J’étais éprise de Franz, j’avais le désir sincère de l’aider dans la mesure de mes moyens. En l’épousant, j’avais accepté tout cela; même si cela me terrorisait, j’avais parfaitement conscience de tout ce qui m’attendait. Il aurait donc suffi de m’apprendre calmement ce que j’avais à faire, les raisons de tels ou tels usages, de me «guider» sans me «mener» et on aurait obtenu de moi tout ce qu’on aurait voulu.

Au lieu de cela, ma belle-mère, aidée de la comtesse Esterhàzy (davantage une gouvernante qu’une dame d’honneur) m’a traitée d’emblée en gamine mal élevée et irresponsable, qu’il convient de mener rudement pour éviter qu’elle ne fasse honte. À toutes mes questions, on me répondait, avec tout le respect possible, que j’étais trop jeune et trop sotte pour comprendre quelque chose. Sa Majesté l’impératrice n’use d’aucune influence. Voilà ce qu’on répondait aux centaines de malheureux qui auraient bien voulu mon aide, sans même m’en informer. Je n’ai su que bien plus tard tout le bien que j’aurais pu faire, si on m’en avait laissé la chance. Mais on a voulu faire de moi un automate, une poupée de porcelaine qu’on admire dans une vitrine, sans cœur et sans âme. Je n’ai pas pu.

La maladie qui m’a conduite à Madère a été une forme de démission devant ce rôle aliénant auquel on me confinait. Par la suite, je me suis employée à mener une vie aussi retirée, aussi privée que possible, assistant mon époux dans les moments graves, mais refusant ce rôle de potiche décorative dans lequel on avait tenté de me cantonner.

Amicalement,

Élisabeth