Amoureuse ou pas?
       

       
         
         

Michelle

      Bonjour belle impératrice,

En lisant certaines de vos réponses, j'y lis une certaine contradiction. Parfois vous dites que vous étiez très amoureuse de votre époux au début et, dans «Franz» vous dites que vous étiez jeune, que ce mariage vous avait été en quelque sorte imposé car on ne dit pas non à un empereur, que ce fut horrible. Qu'en est-il au juste?

On ne saura jamais la vérité au sujet de la mort de votre fils; d'après vous, a-t-il été assassiné? (moi je le crois) Le comte Andrassi était-il vraiment beau? Étiez-vous plus belle que votre soeur Hélène? On dit que vous aviez de très vilaines dents car vous vous nourrissiez très mal pour garder votre minceur; en était-il ainsi lors de votre rencontre avec l'empereur? (pardonnez-moi ces propos)

Je suis bien déçue de voir que la trilogie qu'on a faite de votre histoire, est loin de tout le romantisme qu'on y voit et que la réalité est tout autre. J'attendrai votre réponse avec impatience.

Michelle
          
          

Impératrice Sissi


 
Ma chère âme, 

Comme je comprends votre perplexité! Décrire que furent mes sentiments au moment de mon mariage n'est pas facile, et le mot «horrible» a peut-être été un peu excessif. Oui, j'aimais Frantz. Je l'aimais comme on aime à quinze ans, et je n'ai guère eu le temps de le connaître vraiment avant notre mariage. D'ailleurs, l'aurais-je voulu qu'on ne me l'aurait pas permis car, comme le disait ma mère, on n'envoie pas promener un empereur d'Autriche. Donc, l'amour, un amour d'adolescente, était bien présent au début. Mais rares sont les femmes de trente, quarante ou même soixante ans comme moi, qui diraient aujourd'hui qu'elles auraient volontiers épousé l'amour de leur quinze ans. Nous étions si différents, François-Joseph et moi, seul notre amour de la nature pouvait nous rapprocher, mais ma belle-mère prenait bien soin de ne jamais nous laisser trop longtemps seuls ensemble... Pour le reste... Il n'a jamais compris ni apprécié mon attirance pour les arts, la poésie, la mythologie grecque. C'est un être essentiellement pragmatique qui a toujours souri de mes «promenades dans les nuages». Je ne peux qu'admirer son sens du devoir, mais je n'ai jamais compris comment il pouvait s'astreindre ainsi à passer dix heures par jour à son bureau, alors que j'ai toujours vu mes oncles Louis 1er de Bavière puis son fils Maximilien, homme consciencieux s'il en était un, ne consacrer aux affaires de l'État que quelques heures par jour! Si l'amour-passion a rapidement disparu de mon côté, parce qu'il s'agissait essentiellement d'un amour romanesque d'adolescente qui s'est effondré à la première déception, il m'est resté néanmoins une très grande affection pour lui. Comme je le disais récemment à une autre correspondante, nous avons su nous accommoder de nos travers respectifs et trouver une forme de bonheur à vivre ensemble. L'amour-raison a remplacé, pour moi à tout le moins, l'amour-passion. 

En ce qui a trait à mon fils, ce sujet est toujours très douloureux pour moi. Qu'il se soit suicidé ou qu'il ait été assassiné ne change rien. Je ne saurai probablement jamais moi-même la vérité. J'ai répondu récemment à une question semblable dans une lettre intitulée «Rudolphe», vous y trouverez probablement la réponse à votre question. 

Étais-je plus belle que ma soeur Hélène? C'est très subjectif. Disons que dans notre jeunesse, c'est Hélène qui promettait d'être la beauté de la famille: elle avait une belle taille, de beaux cheveux noirs, de la classe, alors que j'avais l'allure d'une petite paysanne. En vieillissant, elle a beaucoup grossi, et ses traits ont toujours été un peu durs. Je l'aimais beaucoup et sa mort a été un dur coup pour moi. Pour mes dents, eh bien disons que c'est une caractéristique Wittelbach, nous avons tous de mauvaises dents dans ma famille. À l'époque de mes fiançailles, ma tante Sophie m'a fait remarquer sans ménagement qu'elle les trouvait jaunes. J'avais - et j'ai toujours d'ailleurs - une sensibilité à fleur de peau et cette remarque m'a terriblement blessée. La conséquence a été que j'ai appris à sourire la bouche fermée, et à parler en desserrant à peine les lèvres. 

Voilà ma chère âme, j'espère avoir répondu à toutes vos questions. Bien sûr, ma vie est fort différente de ce que vous pensiez, mais ne cessez pas de rêver pour autant! 

Affectueusement, 

Elisabeth