Amoureuse
       

       
         
         

Graciane

      J'ai lu ta réponse à cette question: «Après avoir lu beaucoup sur ta vie, il n'y a qu'une chose que je n'ai jamais réellement sue... Étais-tu vraiment amoureuse de Franz, dès le début? Ou étais-tu peut-être horrifiée de te sentir quasi obligée de l'épouser?»

Mais pourtant j'ai eu l'impression que tu étais réellement amoureuse de l'empereur et lui t'aimait également ou n'était-ce qu'une impression? Merci.

Graciane
         
         

Impératrice Sissi


 
Très chère Graciane, 

Ainsi que je l'ai déjà dit récemment à une autre âme de votre époque, le thème de l'amour entre moi et Franz semble être un sujet inépuisable de questionnements. 

Oui, je croyais aimer Franz lors de nos fiançailles. Je croyais du moins pouvoir l'aimer comme lui m'aimait. J'y ai cru longtemps, il m'a fallu maintes déceptions après la guerre d'Italie contre Napoléon III, en 1859, pour me rendre compte que c'était un amour idéalisé, un amour d'adolescente de quinze ans... Oui, j'étais horrifiée à l'idée de devoir l'épouser; d'abord -et surtout- parce qu'il était empereur, et ensuite parce qu'il était hors de question de me laisser du temps pour vérifier la profondeur de mes sentiments pour lui. J'ai donc préféré croire de toutes mes forces à mon amour pour lui, afin de me persuader moi-même qu'il s'agissait bien d'un mariage d'amour. Après tout, Franz m'aimait. Bien des princesses «victimes» de mariages arrangés n'avaient pas cette chance! Il était beau, charmant... 

Toutefois, les déceptions qu'il m'a infligées en prenant le parti de sa mère lorsqu'on m'a enlevé mes enfants, l'intérêt qu'il a semblé manifester à d'autres femmes à son retour d'Italie, sa défaite de Solferino contre Napoléon III qui a détruit pour moi l'image du héros romantique, tout cela m'a forcée à voir la vérité en face, et c'est l'une des principales raisons de ma fuite à Madère en 1860. J'étais vraiment malade, mais j'ai commencé à guérir sur le bateau, dès que je me suis éloignée de Vienne -et de Franz. À peine 2 semaines après mon retour à Vienne, la maladie était à nouveau là, les médecins croyaient que je ne passerais pas l'hiver, et je suis à nouveau partie, vers Corfou cette fois. À nouveau, la guérison est intervenue de façon spectaculaire dès que j'ai commencé à m'éloigner de Vienne et de mon époux... Mais c'est à cette époque qu'une correspondance très tendre s'est installée entre nous, et l'amour d'adolescente a fini par être remplacé par une grande tendresse, de la compréhension et du respect. Ces sentiments, du moins, furent durables et perdurent encore aujourd'hui. Quant à Franz, il ne cessa jamais d'être amoureux de moi et c'est sans doute pour cela que je me sens parfois si coupable, lorsque je pars pour de longs voyages et qu'il reste seul. Heureusement que l'Amie veille sur lui. 

Amicalement, 

Élisabeth